SMS : un crime contre la langue française

Crédit image : wikibusterz.com
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Bien le bonsoir à vous chères lectrices et chers lecteurs,

Excusez cette publication tardive et non hasardeuse de ce billet. Il semble que le sort n’ait pas voulu que je vous le produise plutôt.

Sans doute les effets d’une certaine utilisation excessive du moteur de mon blog.

Entre un manque d’inspiration et le #BlogGarage il fallait donc que je remette et le compteur et le moteur de mon blog à zéro pour repartir à pleine puissance.

Commençons comme ceci…

« G tlmt mal d’le dire, 22 ans d tortur, d brizur, d morclmnt et q saij encor ? Lalfabé franxè a conu l pir mutilatn k1e lang p8s conètr. Il è dvnu lobjé d dstrctn d 1 et d stsfctn d otr. Cei pa aiz et srtt enuye à dchfr qd l txt st écri ds 1 tel forma. Nn slma i fo dd8r sw mm l mo employ mè i fo o6 chrch à cmprdr l logiq vwr l sens d c ki y è di. C ki 6 vs ny èt pa abitué vs lais ds 1e catalep6 dvn l txt. C dc 1e sort décol okel vs èt mi d forc. Vs m s8v ? Wi ? Wi ou nn ? Ba, falè le dir i ya 22 an ! »

Crédit image : futura-sciences.com
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Je reprends donc pour vous.

J’ai tellement mal de le dire : 22 années de tortures, de brisures, de morcellements et que sais-je encore ? L’alphabet français a ces vingt-deux dernières années connu les pires mutilations qu’une langue puisse connaître. Il a fait l’objet de distraction des uns et de satisfaction des autres. Oui, c’est ça. Suivez mon regard, bande de pervers !

Ce n’est pas aisé et surtout ennuyeux à déchiffrer quand les textes sont écrits dans un tel format. Non seulement, il faut déduire soi-même les mots employés, mais il faut surtout chercher à comprendre la logique voire le sens de ce qui y est dit. Ce qui, si vous n’y êtes pas habitué vous laisse dans une catalepsie devant le texte. C’est donc une sorte d’école à laquelle vous êtes mis de force. Vous me suivez ? Non ? Oui ou non ? Bah, fallait le leur dire il y a 22 ans !

En plein cours, à table, en marchant, en réunion… on écrit de plus en plus de textos. La plupart de nos SMS sont écrits sous le coup d’une impulsion, d’une réaction, d’une pensée qui se prolonge jusqu’à sa matérialisation, au geste d’écriture. C’est souvent une écriture pulsionnelle. Elle laisse donc affleurer notre vie intérieure, avec ses soubresauts. Elle peut faire état d’émotions intenses. C’est authentiquement une écriture branchée sur notre intériorité. Elle permet de partager des pensées et des affections qu’on n’extérioriserait pas sans le SMS, et qui resteraient alors, comme on dit, «lettre morte». Oui, en partie, parce que Twitter et Facebook ont fait changer la donne. Ceux qui n’ont pas le sens de la rétention pullulent sur ces deux réseaux sociaux. Et sont faciles à distinguer par leur statut ou leur publication.

Quelques exemples si vous voulez saisir l’essence et la quintessence de ce paragraphe.

–          J’ai eu mon BAC.

–          Mon mec sort avec ma copine. Quel salaud !

–          Ma femme n’a rien préparé ce soir. Je vais chercher un truc à manger dehors.

–          J’ai un entretien d’embauche demain. J’espère que j’aurai le poste !

–          On a tous eu un prof qui n’était jamais absent. Pluie – Tornade – Congé – Cours de rattrapage – Journée fériée – Fin du monde. Il est toujours là ce fils de pute.

Ecrire un SMS c’est donc une écriture de l’intérieur tournée vers l’extérieur. Parfois, c’est comme si on ne pouvait pas la réprimer, un peu comme un geste d’agacement, ou un objet qu’on renverse par mégarde. Souvent, on écrit un SMS dans un élan, un peu comme on éternue. C’est une écriture qui n’est pas toujours sous contrôle.

Vous me suivez là ? Oui ? Continuons donc…

En réalité, on se relit peu ou presque pas avant d’envoyer un SMS. On a même tendance à se relire seulement après coup. Et effectivement, parce qu’il s’agit d’une écriture pulsionnelle, on a tous un jour ou l’autre envoyé un texto qui ne s’adressait pas à celui qui l’a reçu. Souvent aussi, il y manque des mots, il y a des lapsus. Sans compter que la machine, l’appareil lui-même, votre téléphone en fabrique aussi, notamment via le système T9 d’écriture automatique. (Oui vous avez compris, je ne parle pas de vos Htc One x ou Samsung Galaxy qui ont un dictionnaire. Je parle de vos Nokia 3310 et de vos Motorola 1+1) Mais personne n’en fait grand cas, on dédramatise. Dans les SMS, il y a une forte tolérance à l’erreur comme à la faute d’orthographe: on considère que le lecteur corrigera de lui-même. (Comme si nous étions tous des professeurs de français. Hum…) La faute d’orthographe ne dit rien du niveau de compétence orthographique des gens. Mais c’est faux hein ! Il y en a qui se cache derrière leur SMS pour cacher certaines fautes. Souvent, non seulement parce qu’ils ne savent pas l’écriture correcte du mot en question, mais aussi parce qu’ils ont la paresse de le vérifier dans le dictionnaire. Pourquoi faire tout cet effort si on peut masquer rapidement tout ça dans un SMS ? Contrairement, les e-mails exigent plus de précision. Cette lecture bienveillante qu’on fait des SMS ne marche pas du tout dans les e-mails, dont on attend une orthographe impeccable. L’e-mail a davantage le statut d’une lettre, il est souvent scrupuleusement relu. Le SMS est lui un espace intermédiaire où toute la responsabilité du sujet n’est pas engagée. On peut donc ne pas le prendre au pied de la lettre.

Petit cours d’histoire.

Le concept du SMS (« short messaging service ») a été inventé en 1984 par l’Allemand Friedhelm Hillebrand et le Français Bernard Ghillebaert. Des expériences d’Hillebrand, il est apparu que la longueur requise du message était de 160 signes, là où Twitter s’est basé plus tard sur 140 signes. (Oui, ils ont fait du copier-coller. Et alors ? ) En réalité, le premier SMS n’a été envoyé que des années après, le 3 décembre 1992 pour être plus précis, par le développeur de logiciels britannique Neil Papworth.

Papworth souhaita ainsi un « Merry Christmas » au destinataire, à savoir Richard Jarvis, directeur de l’entreprise télécom britannique Vodafone. Il tapa son message historique sur son ordinateur, parce que ce n’était à l’époque pas encore possible sur un téléphone mobile. Le SMS ne s’imposa cependant vraiment qu’en 1997, lorsque Nokia lança sur le marché le premier GSM à clavier complet.

Un mode préféré d’excuse.

Il nous est arrivé au moins une fois de nous envoyer un SMS. Soit pour fuir une situation (discussion ennuyeuse, réunion de famille, etc.) soit pour simuler une indisponibilité. Oui, c’est certain qu’on l’a tous au moins une fois fait. Certains s’envoient des SMS à eux-mêmes. Un penchant narcissique non ? Il y en a d’ailleurs plusieurs sortes. Vous êtes dans un bar avec un ami, vous venez de vider 8 bouteilles, mais vous n’avez que l’argent de 5. Vous vous envoyez un SMS comme quoi vous devez rentrer parce que votre femme ne retrouve pas ses clés et que vous devez lui ouvrir la porte avec les vôtres. Vous lui donnez l’argent des cinq bouteilles et vous lui dites de vous faire les comptes après. Très astucieux non ? C’est très connu des soûlards. Pendant que vous attendez votre copine tranquillement, un ami se pointe chez vous et vous plonge dans une longue discussion. Vous vous envoyez un SMS pour prétexter qu’on vous cherche quelque part. Hahaha ! Très ingénieux. N’est-ce pas un signe de ruse et d’habileté ?

Je fais partie de ces personnes que les SMS répugnent et rebutent. J’aime bien lire les textes écrits en entier, peu importe le support. Non seulement je considère que réduire les écrits à un format SMS  est un crime contre l’alphabet français, crime auquel je ne participerai pas. Je n’y vois qu’une «mise à mal de la langue française». Mais, est-ce que je suis anti-progressiste ? Non !

Puisqu’il semble que toute chose connaît une apogée pour ensuite inéluctablement descendre vers son déclin, mais c’est sans compter l’esprit malin et révolutionnaire de ces scientifiques qui poussent chaque jour la limite de l’impossible, qui veulent  faire maintenir la gloire de la science dans ce monde jusqu’au bout. A vous donc qui jouez, mimez, falsifiez voire, singez la langue française, je vous dis courage !

J’ai dit !

15 thoughts on “ SMS : un crime contre la langue française

  1. Il fallait que ce soit dit.
    Perso, je ne supporte plus les messages abrégés et truffés de fautes quand même (pour les rares mots qui sont écris en entier). Certains se moquent régulièrement de moi parce que je saisis mes SMS sans aucune abréviation. Moi, je rigole quand je relis leurs mémoires, exposés, devoirs, posts sur facebook etc. et que je débusque un nombre hallucinant de fautes…

  2. voilà qui est fort bien dit, camarade! Je suis personnellement tout aussi agacé par cet langage presque barbare qu’est le SMS
    Franchement, il fut un temps où j’étais un super pro dans le genre, il fallait un dico pour me suivre. Mais après coup, surtout grâce à l’écriture même, la chose a disparu. Surtout que ça a une incidence réelle sur l’orthographe des gens, tu sais, ceux qui prétendent « ouais, mais en fait, sur le papier, c’est différent, j’écris normal ». Mon oeil oui!

  3. Je ne sais plus le nombre de fois où j’ai cédé à la tentation d’écrire avec des abréviations. Alors j’imagine que tu dois me compter parmi les criminels de l’alphabet lol. Mais je pense qu’il faut saluer l’avènement des smartphones qui pour la plupart disposent de la correction automatique des mots.

  4. Ahh j’avou h1… Jsui 1 gro massacreur d l lang kan il sagi d write lè msg.. mdr. C’est vrai quand même que ça pousse à faire des erreurs bêtes à la longue. Le fait de bloguer m’a sauvé d’une chute presque certaine..

  5. Personnellement, je n’ai aucun problème avec les SMS à condition que ce soit compréhensible et que la personne utilise ces « abréviations » dans le but d’économiser des caractères (ça coûte cher les SMS 😀 ) et qu’il/elle maîtrise parfaitement la langue!
    Tu as raison, le SMS a complètement tué la langue française, J’ai d’ailleurs écrit un billet sur l’orthographe récemment.
    Mais je pense que tout ceci est aussi valable pour les autres langues.

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