Togolais, tous à vélo ! (Partie I)

Crédit image : tootogo.tv
Crédit image : tootogo.tv

L’environnement social Africain est un vrai condensé de risques. Ce qui n’encourage guère l’utilisation du vélo. Pour quelqu’un qui a passé son enfance à l’intérieur du pays, dans des villes comme Atakpamé, Sokodé, Kara, et Dapaong, je peux vous dire qu’au Togo, nous n’avons pas de route mais des pistes. Nous avons des chauffards et non des chauffeurs (qui ne respectent pas le code de conduite, ils ne le connaissent d’ailleurs pas tous). Nous avons une flopée de vélos d’occasion qui, même déjà utilisés, reviennent très chers. Nous avons de ces proches qui regardent d’un œil torve les enfants qui ont des vélos (un grain de jalousie conduisant à la pratique de magie noire sur les enfants), etc.

Il y a 10 ou 15 ans, avoir un vélo au Togo était considéré comme un signe extérieur de richesse. Ça vous surprend ? Ah ! Oui, ce n’est d’ailleurs pas qu’au Togo. C’est un facteur commun à la plupart des pays africains. Un enfant qui avait un vélo était considéré comme un gosse de riche et si ce dernier se hasardait à être condescendant, ça confirmait toute suite ces préjugés.


 

Je me rappelle mes années à l’école primaire, ces ami(e)s que j’ai eu et qui venaient en cours à vélo. C’était pour certains un moyen de fanfaronner et pour d’autres un moyen de tisser de nouvelles amitiés. Cette amitié naissait du fait que les autres pouvaient s’essayer à leurs vélos. Mais l’imprudence et la difficulté d’apprendre vite à les utiliser réduisaient la durée de vie de ces vélos, les détruisaient. Ceci provoquait la frénésie et la colère de certains parents qui venaient à l’école pour gronder leurs enfants d’avoir été trop généreux, les maîtres d’avoir été trop laxistes et les écoliers de n’être que de sales profiteurs (ah ! Oui, très souvent des dames mégères).

Je n’ai eu mon premier vélo qu’en classe de Sixième. Mon père me l’a offert parce que je venais de réussir mon Certificat d’Etudes du Premier Degré (C.E.P.D) qui se trouve être le premier examen national déterminant dans la vie de tout jeune écolier togolais. Je me rappelle que j’avais hâte de l’utiliser, de le montrer à mes ami(e)s, de permettre à mon copain Maxime et à mes deux copines Trysha et Carelle de l’essayer. Je faisais des allers-retours au salon toutes les 15 minutes pour le toucher, m’assurer qu’il ne s’envolerait  pas, je criais « yes » par moment. J’avais surtout hâte qu’il fasse jour pour que je puisse l’utiliser. Tout ça était l’extériorisation d’une joie immense qui m’envahissait. J’étais heureux, et pas qu’un peu.

Crédit image : munstalbert.ca
Crédit image : munstalbert.ca

Des années ont passé, et j’étais devenu plus âgé que ce vélo. Je ne pouvais donc plus l’utiliser. C’est donc ma petite sœur, Ghislaine, qui en a bénéficié pendant deux ans. Puis elle aussi a passé l’âge de l’utiliser. Ce transfert de propriété de frère à sœur ou de grand-frère à petit frère est très fréquent. Cédric, mon meilleur ami, m’a raconté que son premier vélo, lui, il ne l’a eu qu’auprès de Serge, son grand-frère. Ce dernier, l’ayant amorti pendant trois ans et ayant passé l’âge de l’utiliser, le lui a donc légué.

Mon second vélo, je l’ai eu après les examens de fin d’année de la classe de Seconde. J’avais tant voulu qu’on m’en offre un, un an plus tôt, c’est-à-dire quand j’avais réussi à l’examen du Brevet d’Etude du Premier Cycle (B.E.P.C). Tellement que je l’avais attendu, que ça me hantait, tant parce que le lycée auquel je m’étais inscrit était à 1 km de chez moi, tant parce que même si papa me déposait en voiture le matin, il fallait que je rentre à pied en compagnie des autres camarades de quartier, à midi sous un soleil de Sahara, et que je me retapais le même trajet aller à 14h30, puis retour à 17h30. Je revenais tout en sueur, épuisé puis très ire. J’en suis même arrivé à détester un peu mon père pour ça. Mais au fond, ce n’était que de l’éducation. Tellement que j’ai été gâté tout petit, il fallait toute suite une rupture avec les vieilles habitudes, autrement mes parents auraient fait de moi un enfant friand de facilité.

Crédit image : cyclisme-amateur.com
Crédit image : cyclisme-amateur.com

Je revenais de l’école un soir où nous étions allés faire des Travaux Manuels (T.M.), des travaux où nous allions dans les champs du directeur (des abus ou des détournements de pouvoir que j’ai compris plus tard pendant ma deuxième année à la fac de Droit), où nous balayions la cour du lycée, où nous sarclions la devanture de l’école, etc., quand je suis tombé sur un vélo BMX vert citron, garé dans la cour de la maison. Je ne sais pas pourquoi mais ça a été pour moi un non-évènement. Je ne me suis pas senti heureux comme je l’aurais voulu. En réalité, parce que je ne voulais plus d’un vélo mais d’une moto. En un an, les envies ont grandi, les priorités ont changé. Je m’estimais assez grand pour en utiliser mais hélas, c’était vélo ou pieds. J’ai dû choisir celui qui me ferait le moins suer, le vélo.


 

Il y a particulièrement deux tranches d’âge au cours desquelles nous, les Togolais, aimons faire du vélo. Entre 5 et 15 ans parce que nous voyons nos copains le faire ou parce que nous sommes tentés d’essayer ce moyen de locomotion que nous voyons dans les magasins ou dans des publicités à la télévision.  Satisfaction pour une minorité et insatisfaction pour la majorité, les parents étant pauvres et ne se souciant que du salutaire: aller à l’école, manger, aller au champ, aller vendre au marché, etc.


–          Folly, tu veux un vélo hein ? Toi, le garçon avec la grosse tête et des oreilles d’éléphant  là, tu veux me tuer ou bien ? Je vais trouver l’argent là où même ? Tu veux faire quoi avec ? Le bon Dieu t’a fait tes deux pieds pourquoi faire ? Kaaaaaaabli. Moi j’ai commencé à utiliser un vélo à 40 ans donc faut attendre cet âge-là ! Dirait un père à son fils !

–          Solim, c’est toi qui dis aux voisins que je vais te payer un vélo ? Tu veux vendre les condiments aux marchés à vélo ? Ton visage, on dirait morve de moustique que Mazalou a freiné dessus. Si tu n’as pas quitté devant moi toute suite, je vais te montrer qu’il y a sucre dans Ahayoé. Tsrouuuuuuuuuuu ! Dirait une mère à sa fille !


Entre 40 et 70 ans parce qu’on a été diagnostiqué diabétique ou d’une autre maladie qui exige des activités physiques, trop stressé à cause du travail, ou parce qu’on a envie de lutter contre la sédentarité.

Chaque personne âgée qui envisage de faire du vélo le fait pour des raisons qui lui sont propres : besoin de se défouler, envie de se dépasser, désir de plaire. La pratique d’une activité sportive telle que le vélo permet souvent d’atteindre plusieurs objectifs à la fois.


 

En définitive, utiliser un vélo dans un contexte socio-politique difficile en Afrique, particulièrement au Togo, est tributaire de certaines situations. Les parents ne les offrent qu’en guise de récompense, ou pour un usage commercial.

Tout ceci est bien dommage parce que se déplacer en prenant son vélo c’est avant tout faire du sport presque gratuitement pour pas cher, c’est bon pour la santé du corps. C’’est bon pour sa santé mais aussi pour la santé des autres car on ne pollue pas. C’est bon pour la santé de son portefeuille. C’est aussi un geste citoyen : on participe au désencombrement des villes, on ne pollue pas l’atmosphère, on ne fait pas de bruit.

A très vite !

1 thought on “Togolais, tous à vélo ! (Partie I)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *