Le Gouvernement Togolais entre négociation, grève et élection

Crédit image : koaci.com
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Depuis la sortie béotienne, sinon maladroite, voire inopinée du premier ministre Togolais, Arthème Séléagodji Ahoomey-Zunu au Centre hospitalier régional Lomé Commune de Kégué le 2 février 2015, la tension est montée d’un cran dans le camp d’en face, celui de la Synergie des travailleurs du Togo (STT)

En effet, le gouvernement Togolais avait décidé l’octroi de 909 millions de francs CFA prévus pour apurer la différence sur le salaire des fonctionnaires observée en 2014. Mais il ne s’est presque pas prononcé sur les autres points de la plateforme revendicative soumise à négociation et qui datent d’avant le vote du 20 janvier 2013 par l’Assemblée nationale de la loi portant sur le statut général de la fonction publique. Est-il que les centrales syndicales (CGCT, la CNTT, la CST, le GSA, l’UGSL et l’UNSIT) sont entrées dans un cycle de négociations sans fin avec le gouvernement, autour de la grille indiciaire, sans aucun résultat probant jusqu’à ce jour. Dans la foulée, certains syndicats de base lassés par la léthargie dans laquelle étaient plongées ces centrales, se sont retirés pour former la Synergie des Travailleurs du Togo (STT) devenue elle-même Union Syndicale le 06 février dernier et a démarré ce mercredi un nouveau mouvement de grève de trois jours.

Crédit image : lomeinfos.com
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Entre le cycle grève et négociation

Après annonce de grève, suspension de grève, poursuite de négociation le lundi 26 et le mardi 27 Janvier 2015 les discussions avec les centrales syndicales étaient censées trouver des solutions aux autres points de la plateforme revendicative. Déjà en Janvier le Dr Gilbert Tsolenyanu, porte-parole de la STT déclarait « Si les discussions de ces deux jours ne donnent rien, la STT entre en grève de trois jours les mercredi 28, jeudi 29 et vendredi 30 janvier 2015 »

Au nombre des revendications faites par les travailleurs, le relèvement de la grille salariale de 280 points pour la rajuster sur les deux (2) relèvements du SMIG en 2008 et en 2011.

L’application effective du nouveau statut général de la fonction publique déjà adoptée par l’Assemblée nationale et le paiement sans délai de la différence de salaire de l’année 2014 qui équivaut à 909 millions de francs CFA.

Malheureusement, pendant que les uns attendaient le décaissement de ces fonds et la satisfaction des autres points de la plateforme revendicative, le premier Ministre Togolais, Arthème Séléagodji Ahoomey-Zunu a fait une sortie musclée au Centre hospitalier régional Lomé Commune de Kégué le 2 février 2015 en faisant des remontrances aux agents de ce centre. Cette sortie interprétée comme une défiance et surtout une tentative ratée d’insurrection des agents des personnels contre les représentations syndicales, a provoqué une colère noire dans le monde du travail Togolais qui a débouché sur un sit-in des travailleurs membres de la synergie ce mardi 17 Février 2015 sur leur lieu de travail respectif. Un sit-in qui effectué, sera suivi d’une grève de trois (3) jours les 18, 19 et 20 février 2015.


Un match de ping-pong verbal

Le ministre de l’Administration territoriale, de la décentralisation et des collectivités locales, Gilbert Bawara a accusé ce même jour les grévistes de la Synergie des travailleurs du Togo (STT), de ne s’attarder que sur leurs revendications salariales au détriment des infrastructures et des équipements collectifs. Il a qualifié sur une radio locale la grève de la Synergie des Travailleurs du Togo (STT) d’ » excessive » et a appelé les agents de la santé à assurer un minimum de service.

« Dans quel pays observe-t-on une grève dans le secteur de la santé sans service minimum ? », s’est-il interrogé avant d’affirmer que : « nous sommes tombés dans la situation où la grève est excessive dans ses modalités et dans sa manière de se dérouler ».

Selon lui, cette situation est analogue à celle de la grève générale illimitée dont le pays continue de subir les graves séquelles.

« Sur un ton beaucoup plus sérieux, bien attendu, il faut continuer à améliorer les conditions de vie et de travail des agents de la fonction publique et des togolais de manière générale. Mais est-ce que les comportements que certains y compris des organisations syndicales sont en train d’afficher, ne nous rappellent pas quelque chose ? Si aujourd’hui notre pays n’a pas suffisamment de moyens et de capacités pour satisfaire pleinement aux attentes et aux aspirations des fonctionnaires, c’est parce que nous continuons à subir les graves séquelles et impacts de la grève générale illimitée. On fait comme-ci notre pays n’a pas traversé une grande crise sociopolitique avec des incidents graves sur le plan économique et pour régler les problèmes que nous avons nous reproduisons des situations qui nous ont plongées. Je dis que nous ne sommes pas fatalement condamnés à reproduire des travers », a martelé le ministre Bawara.

Pour le ministre, il peut avoir des manifestations, des revendications, des grèves mais cela ne doit pas devenir « systématique », et surtout il n’est pas normal que les enfants puissent être exposés à tous les risques que présentent leurs présences sur les voies publiques.

Le ministre Bawara estime que beaucoup d’efforts ont été faits pour améliorer les conditions individuelles des agents de la fonction publique et donc les travailleurs doivent faire la part des choses et trouver le juste milieu pour parvenir à un équilibre judicieux entre les investissements que le gouvernement continue de consacrer dans les équipements et les infrastructures collectifs et l’amélioration des conditions salariales.

Il faut rappeler qu’au Togo, les travailleurs sont en grève, sans service minimum dans le secteur de la santé, depuis mardi.

Une accusation qui a fait l’objet d’un droit de réponse sur une radio locale ce mercredi, par deux (2) responsables de la Coordination de la STT, en l’occurrence les docteurs Gilbert Tsolenyanu et Atchi Walla. Pour eux, c’est un raisonnement « abscons » que de demander aux agents d’exiger que le gouvernement dote les lieux de travail d’équipements au lieu de réclamer continuellement des meilleures conditions de vie et de travail.

« Il faut qu’on soit sérieux et qu’on élève le niveau du débat. C’est la responsabilité régalienne et le rôle premier de l’Etat de mettre en place les infrastructures qu’elles soient hospitalières, de l’éducation ou de l’administration générale. Ce n’est pas aux agents de débrayer un jour pour demander à l’Etat de mettre en place les infrastructures », a déclaré le premier responsable du Syndicat national des praticiens hospitaliers du Togo (SYNPHOT), Dr Walla.

« Je comprends très bien les propos du ministre de l’Administration territoriale que je salue au passage, parce qu’ils ne se font pas soigner dans les hôpitaux publics. Ils dépensent des millions du contribuable togolais dans les évacuations sanitaires. Au même moment, ces contribuables vont dans les hôpitaux sur place et meurent », a laissé entendre pour sa part, Dr Tsolenyanu.

Une foule de lycéens d'Adidogomé en liesse pour aller déloger leur camarades des établissements privés.
Une foule de lycéens d’Adidogomé en liesse pour aller déloger leur camarades des établissements privés.

De la grève à la fermeture des écoles

Les mouvements de revendications de la STT ont conduit les élèves dans les rues ce mercredi matin. Certains élèves des écoles publiques sont allés sortir leur camarades des écoles privés en passant à la bastonnade ceux et celles qui s’y opposaient.

Ce même mercredi, le gouvernement Togolais a annoncé la fermeture de tous les établissements scolaires publics comme privés sur toute l’étendue du territoire national. C’est la dernière mesure de contre-attaque dont fait usage le gouvernement depuis les grèves de l’année 2011.


De l’élection du président de la république

D’un côté il faut retenir que le gouvernement Togolais est en plein dans les préparatifs pour les prochaines élections présidentielles. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) à pied d’œuvre pour la révision des listes électorales à l’intérieur du pays, a indiqué par le biais d’un de ses responsables, Edem Atantsi, que la date du 21 Avril prochain sera proposée au gouvernement togolais pour l’organisation des élections. Un bras de fer oppose le Gouvernement à l’opposition et à la Société Civile qui insistent sur la limitation de mandat présidentiel qui, pour le moment, reste « illimité »

« Le mandat présidentiel devra être, à l’avenir, limité […] pour un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois. » (Extrait de la recommandation 5 du rapport de la CVJR)

En effet, l’article 59 de la Constitution Togolaise dispose « le Président de la République est élu au suffrage universel direct et secret pour un mandat de cinq (05) ans. Il est rééligible. » Disposition qui semble susciter l’intérêt de toute la classe politique depuis les Accords Politiques Global (APG) de 2006, les recommandations de la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR) de 2013 et surtout l’imminence des prochaines présidentielles.

Comme on le voit, le gouvernement Togolais à force de rouler tout le monde dans la farine, en usant de subterfuges et de dilatoires, la création de commission sur commission d’un côté comme de l’autre, est pris entre l’étau de la STT et l’enclume de l’opposition. Pourrait-il se libérer ? Les jours à venir nous édifieront.

Bien à vous !

3 thoughts on “Le Gouvernement Togolais entre négociation, grève et élection

  1. En tout cas il n’est pas sur qu’il se libère de l’étau de si tôt face à la détermination des grévistes. Ils ont interet à répondre pour de bon aux revendications. On ne s’en porterait que mieux. Bon article

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