Le paradoxe togolais

Crédit image : senadjondo.mondoblog.org
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Incongru, pendant que les fonctionnaires togolais forts de leurs quinze ou vingt ans d’expérience, par des grèves musclées, réclament des conditions de vie plus décentes, un rehaussement de la grille salariale, le gouvernement sans aucune honte bue a choisi d’initier « la semaine de l’emploi » prévue du 23 au 26 mars 2015 pour offrir 300 emplois et 200 stages aux jeunes dans les services partenaires. Non, non, non, je ne peux pas attendre la fin de la semaine pour vous dire ce qu’ils veulent. Vous n’avez pas une impression de déjà vu avec ce spectacle ? Emploi d’accord. Mais avec quel salaire ? Celui que les aînés refusent ? Je vous ai dit que j’ai payé le lourd tribut de 5 ou 6 ans pour une licence LMD en droit parce que j’aime et je veux croupir dans la misère. C’est ça ? Merci. Proposez-moi autre chose.

Hier après le boulot, j’ai fait un crochet au palais des congrès de Lomé pour assister à la cérémonie de lancement de «…

Posted by Guillaume Djondo on mardi 24 mars 2015

Ce n’est plus un secret pour personne, l’élection présidentielle est prévue pour le 15 avril 2015 au Togo. Date d’anniversaire du décès du jeune Anselme Sinandare Douti à Dapaong. Paix à ton âme ! Oui, oui vous êtes surpris. Moi non. Paradoxe, cette date choisie pour l’élection c’est une date marquant le décès d’un petit enfant innocent qui ne manifestait que pour le retour en classe de ses enseignants. Mais bon, le gouvernement s’est dit : un enfant est mort ce jour et puis quoi ?

Ils ont oublié qu’au-delà de cet enfant, c’est toute une famille qui a été endeuillée. C’est tout un village qui a été affligé. C’est toute une communauté qui a eu le cœur meurtri. C’est toute une nation qui a fait les frais de l’injustice. Mais, comme notre gouvernement dur d’oreille aime frapper là où ça fait mal, personne n’a daigné dire « changer la date », à défaut de n’avoir toujours pas rendu justice au jeune Anselme, afin de respecter un tant soit peu la douleur des parents de la victime.

Oui, du calme, du calme. Ils ont osé, mais vous allez faire quoi à part voter ou non ce jour ? Payer le livre  Pour que dorme Anselme  de l’aîné David Kpelly peut-être ? Suivez mon regard !

Je me demande s’ils n’ont pas de plus en plus de tendances criminelles ? S’ils n’ont pas un goût un peu trop prononcé pour le masochisme ? S’ils ne virent pas tous psychopathes depuis un moment ?

Comme par enchantement c’est également la période que le gouvernement a choisi pour lancer ou revigorer certains projets. On nous parle du Fonds national de la finance inclusive (FNFI) par-ci, entrepreneuriat des Zémidjans par-là. Prêt pour les femmes et agriculteurs par-ci, semaine de l’emploi par-là.

Crédit image : senadjondo.mondoblog.org
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Tout ça est bien drôle pour quelqu’un d’avisé. Oui, oui, je sais. Je suis passé « internaute de paix » et puis quoi ? Le 5 mars là aussi c’était une simple date non. Ou bien ? Je suis « internaute de paix », pas « internaute muet » hein. Anhan… Attention ! Ma témérité n’a pas de prix.

Je disais donc que quelqu’un d’avisé se serait déjà rendu compte que ce n’est que de la poudre aux yeux. Ce n’est que du dilatoire pour nous affamer. Ce n’est qu’un sursis à exécution pour nous soumettre au gré de quelques volontés manipulatrices (minorité riche qualifiée selon le chef de l’Etat lui-même). Parce qu’en réalité c’est une course à la conquête de l’électorat. Un électorat qui désavoue de plus en plus les façons de procéder de notre gouvernement aux abois. Un électorat qui rebute de plus en plus la palinodie de notre gouvernement farceur. Un électorat qui commence à finalement sentir le poids d’un avenir obscur. Un électorat qui se rend compte qu’il n’y aura presque plus de lueur au bout du long tunnel dans lequel il côtoie tantôt la sujétion, tantôt l’abjuration.  

Parce que c’est se demander si pendant tout le quinquennat la population n’avait pas besoin d’argent et donc de prêts pour alimenter ses activités. Parce que c’est à s’interroger si ce n’est que maintenant que les jeunes qui sont sortis nombreux des laboratoires de l’Université de Lomé comme des rats, ont besoin d’un emploi et des stages.

Certes, on nous sortira le coup de projets déjà existants tels le Provonat, l’ANPE et le FAEIJ. Mais au fond, combien sont retenus et combien ne le sont pas ? Combien sont laissés à leur propre sort végétant dans les rues, devenant des commerçants temporaires, des voleurs nocturnes, des prostituées assermentées, des arnaqueurs sur la toile, etc.

On a toujours l’impression que ce n’est qu’à chaque fin de quinquennat qu’on se rappelle avoir oublié telle ou telle priorité alors on plonge dans un folklore qui ne dit pas son nom. On plonge dans un cycle infernal avec pour ambition d’ériger une inféodation pérenne. Mais erreur !

L’une des erreurs de ce qu’ils sont en train de faire, c’est de croire que le mutisme de cette jeunesse, à qui ils servent chaque fois du « réchauffé » à quelques semaines de l’élection présidentielle, est synonyme de résignation. C’est de croire que notre addiction à internet 2.0 et aux réseaux sociaux nous ôtait tout sens de discernement. C’est de croire que notre semblant d’indifférence au jeu politique était une forte tolérance à l’asservissement. Mais qui vous a menti comme ça ? C’est aussi de croire que notre docilité pouvait leur donner un feu vert à l’instauration de la tyrannie. C’est de croire que c’est de la privation que naîtra notre servitude. C’est de croire que notre impassibilité, notre sang-froid, notre placidité, ces dernières années, étaient le signe extérieur de notre crétinisme. C’est de croire que parce que nous sommes jeunes, nous resterons éternellement bêtes.

Soyez rassurés. A la semaine de l’emploi, ils sont sortis nombreux, ils sont désespérés, ils sont jeunes, mais ils ne sont pas cons.

Bien à vous !

14 thoughts on “Le paradoxe togolais

  1. Il faut dire que tous les gouvernement en Afrique fonctionnent sur le même modèle (de bons élèves?) : c’est à l’approche des élections que, sortant de leur endormissement, ils se souviennent que le peuple est là et les regarde. Tout ça c’est du folklore, de la poudre aux yeux! Il y a de quoi être exaspéré.

  2. Séna, merci encore pour ce billet énergique.

    Suis fatigué de toute cette comédie. Comme dirait Horus Donkovi, « Ce pays qu’on aime tant nous a vidé de toute substance ». Allez, on s’accroche quand même. Pour le Togo.

  3. J’allais t’écrire un contre-pied, histoire d’argumenter un peu pour le compte du pouvoir, te trouver des raisons assez bonnes et soutenues etc. Mais j’ai cherché, j’ai pas trouvé, j’abandonne… t’as raison de tremper la plume parlante dans du vitriol…

  4. merci Djondo. en fait tu peux enlever les mots Togo et Anselme dans ton papier, et il s’appliquera à tout le reste de l’Afrique noire. les projets et les promesses sont légion. et à la fin, c’est toujours la jeunesse innocente qui trinque! triples tsuiiip!!!

  5. De Kpelly à toi, il y a de vaillantes voix qui s’élèvent pour les relever et les décrier, ces étrangetés (c’est un euphémisme). J’ai une opinion bien précise sur toute cette mascarade (encore un euphémisme)… enfin bref.
    Bel article, carré et solide dans ses arguments. ça fait plusieurs jours que je l’ai épinglé sur mon navigateur, je ne regrette pas d’avoir pris le temps de le lire comme il fallait.

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