Ce classico électoral togolais

Rfi Election

Bien le bonjour à vous, lectrices et lecteurs.

L’élection présidentielle du 25 avril 2015 au Togo a connu un déroulement sans heurt majeur. Grosse surprise, le taux d’abstention a considérablement surpris plus d’un. On savait déjà que beaucoup s’abstiendraient à cause de l’ambiance malsaine qui règne sur la scène politique. Absence de réformes constitutionnelles et institutionnelles, non-mise en œuvre des recommandations de la Commission Vérité Justice et Réconciliation, ébullition du front social, échec d’une candidature unique et division de l’opposition. Mais pas une abstention atteignant un tel pourcentage, 39,01 %. Ce seuil, nul ne pouvait y penser. On pourrait donc en déduire un signal fort que les populations envoyaient aux politiques : vous nous fatiguez hein ! Changez de disc oooorh. On veut d’autres acteurs avec de nouveaux discours. C’est quoi même ?

Ce même scrutin a donné des airs de déjà vue comparable à un match de football, un classico entre Barcelone et Real Madrid. Barcelone étant le parti au pouvoir et Real Madrid, l’opposition. Enfin, représentée par Cap2015. (Combat pour l’Alternance Politique en 2015)


Un match aller

Faisons un bond un arrière. 5 ans précisément pour être pointilleux. L’élection présidentielle de 2010 avait un vainqueur connu et un vaincu reconverti. Le premier était Faure Gnassingbé, le président élu par le peuple (ce n’est pas moi qui le dis hein. Je n’ai pas voté pour lui) et confirmé par les institutions habilitées, la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), la Cour Constitutionnelle et l’O.N.U, l’U.E, la CEDEAO, les Institutions étrangères partenaires hypocrites du Togo. Puis, le président autoproclamé, le second Jean-Pierre Fabre.

C’est ainsi que la scène politique Togolaise s’est bipolarisée. D’un côté, un champion de l’entourloupe et du silence, de l’autre côté, un champion des marches et contestations.

Faure Gnassingbé, le Messi Togolais dans sa quête effrénée de pouvoir s’est assuré de dribbler tous ses adversaires politiques et de mettre à carreau tous ces alliés qui risquaient de le déranger. Entre temps son Iniesta, milieu de terrain très très offensif, Pascal Bodjona et son ailier droit David Villa, Kpatcha Gnassingbé, fils de son père, se sont retrouvés en prison.

En face, le Cristiano Ronaldo Togolais, Jean-Pierre Fabre en a profité pour accroître sa popularité et asseoir sa légitimité. Ceci est arrivé lorsque son ténor, Gilchrist Olympio a voulu entuber la population en ne déposant pas sa candidature pour les présidentielles de 2010 et en pactisant avec son adversaire de toujours, le parti au pouvoir contre lequel il a lutté après tant de sacrifices consentis, au prix de larmes, de sang et d’adulation de ses compatriotes. Sale traître-là !

C’est ainsi que de fil en aiguille, l’opposition radicale s’est subitement modérée. Anh, on ne coupe pas la main qui vous donne à manger. On ne l’insulte même pas. On ne fait que secouer la tête quand elle parle. La contestation laisse place à l’approbation. Et l’opposition dans l’ombre apparaît à la lumière et devient radicale.


Un match retour

15 Avril 2015 puis finalement 25 Avril 2015, date du scrutin. Le rendez-vous tant attendu par des milliers de Togolais soit pour l’alternance, mettre définitivement hors d’état de nuire celui qu’ils considèrent comme la source de leur misère au quotidien. Celui qui leur a offert 4 semaines de congé, enfin de campagne, après les 2 semaines dont ils ont bénéficié pour les congés de pâques. Misère qui les a obligés à faire campagne moyennant 2.000fr pour une journée, des t-shirts, des casquettes, des bons d’essence… Etc. (En savoir plus ici) Soit pour le changement dans la continuité, la poursuite des chantiers enclenchés, l’alimentation continuelle de la minorité riche, etc…

Le Messi Togolais est subitement devenu le « Miabé, Miablé ou Miagbé » partout sur toute l’étendue du territoire Togolais avec des slogans tout aussi pourri les uns que les autres. Lui qui ne parle que deux fois par an, le 31 Décembre et le 27 Avril, a subitement compensé ce vide silencieux par des apparitions aux côtés des élèves du primaire, des enfants malades, des médecins, des chefs d’entreprise, des jeunes diplômés… Etc. (Ne vous méprenez point. C’était que sur des affiches et des flyers magnifiquement conçus dans Photoshop). De Fauremidable, il est vite devenu Faureminable avec tout le remplissage visuel auquel il s’est prêté. Soit ! Après un vote dans l’accalmie, tous les Togolais retenaient leurs souffles quant aux résultats qui sortiraient des urnes. Pré-fabriqués ou fidèles ? On n’attendait de savoir ce à quoi on aurait droit cette fois.

 

Puis, la CENI donna des résultats dans une atmosphère de contestation et quelques heures seulement après que deux chefs d’états des pays voisins, John et Alassane Ouattara, vinrent proposer une solution de sortie de crise à la Kenyane à Jean-Pierre Fabre et à Faure Gnassingbé.

Les résultats donnés par la CENI ce soir-là même, disons-le, dans la précipitation sont entachés de beaucoup d’irrégularités. Taffa Tabiou, le président de la CENI, en les donnant sur le plateau de la TVT et après une irruption musclée du vice-président de la CENI s’indignant devant les caméras, s’est abstenu de lire les chiffres de certaines circonscriptions tout en les prenant en compte dans les totaux généraux. Vous comprenez quelque chose à ça ? Moi, non. Quel bon mathématicien il fait ce monsieur !  

 

Du coup, bis repetita. L’opposition unie dans Cap2015 représentée par Jean-Pierre Fabre contesta les résultats. Les autres candidats de l’opposition, Tchassona Traoré, Gerry Taama, Aimé Gogué, ne se sont pas fait priés avant d’aller dans le même sens. (J’ai entendu Christian Trimua, ministre près la présidence, dire sur une Radio ce matin que Tchassona Traoré, Gerry Taama et Aimé Gogué ont félicité Faure Gnassingbé pour sa réélection. J’ai ri !)

Le Cristiano Ronaldo Togolais estime avoir marqué un but cette année. Il a même publié des résultats selon la compilation des procès-verbaux de ses membres dans les CELI (Commission Electorale Locale Indépendante). Ce qui est surprenant c’est l’ardeur avec laquelle les médias internationaux, Africa24, Rfi et France24 ont repris les informations, sans des pincettes, ces derniers jours. Complot contre le peuple Togolais ?

En attendant un dénouement heureux à toute cette agitation, le Neymar Togolais, Gilbert Bawara, continue de faire son one man show.

Qui a gagné le classico électoral Togolais de cette année ? On ne sait plus.

Bien à vous !

10 thoughts on “Ce classico électoral togolais

  1. Non Guy tu es bon. Rien d’autre à dire sur ce billet. Je garde ma salive pour mon plat d’haricot que j’ai en face de moi. Tu es fauremidable.

  2. C’est ainsi qu’après une campagne paisible, un vote calme mais truqué par certains, on arrive avec un président voleur proclamé et à un autre élu avec des circonscriptions électorales annulées pour cause de fraude.
    Connaissant le bord politique de la cours constitutionnelle(vous entendez ça? une cours constitutionnelle avoir une couleur politique) rien de sérieux ne sortira le dimanche.
    Après la suite? Bah s’ils veulent on veut aussi bien.
    Dieu bénisse le Togo.
    Jolie plume comme toujours

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