De l’esprit de violence

Crédit ; cafemusique.wordpress.com
Crédit ; cafemusique.wordpress.com

Un constat est souvent partagé dans la plupart des capitales africaines : c’est que l’élection présidentielle est toujours source de conflit. De Lomé à Conakry, de Dakar à Libreville, de Niamey à Cotonou, De Nairobi à Abidjan, de Lagos à Kinshasa, de Bujumbura au Caire, de Nouakchott à Bamako des heurts sont toujours remarqués avant, pendant et après les élections. La question qu’il faut se poser est de savoir pourquoi ?


De la mandature

La limitation de la mandature et son respect est une des questions sensibles communes qu’on peut constater chez tous les peuples. Le Burkina Faso en est une illustration incontournable depuis octobre 2014. Certains Etats plus avancés en matière démocratique l’ont déjà insérée dans leur constituant. D’autres sont à la traîne en raison des systèmes politiques en présence. Le Togo en est un exemple vivant. Mais le Burundi l’est encore plus si l’on regarde bien l’actualité de ces dernières semaines.

En réalité, les mutations qu’a connues l’Afrique de la période coloniale aux années d’indépendance, puis des années après indépendance aux années marquées par le vent de la démocratie ont profondément changé les habitudes des filles et fils du vieux continent. Un soudain attachement aux idéaux de liberté, d’état de droit, de démocratie, de droit de l’homme est constaté partout sur le continent. Les périodes monarchiques sont très vite abandonnées au profit des périodes de changement et d’alternance.

Un dédain est observé pour les systèmes politiques et les dirigeants qui tendent à s’éterniser au pouvoir. Entraînant par là même la prise de pouvoir par l’armée qualifiée de coups d’Etat constitutionnel. Au mieux ils se passent avec une transition entre l’armée et les civils, et des condamnations des institutions internationales comme l’Organisation des Nations unies, l’Union européenne et l’Union africaine. Au pire, ils entraînent des guerres civiles entre l’armée loyaliste, les putschistes, et les mouvements de rébellion qui volent de trêve en trêve, d’accord en accord et ne finissent presque jamais.

C’est une triste chose de voir que la nature parle à nos dirigeants, mais qu’ils ne l’écoutent point. Faure Gnassingbé et Yaya Jammeh sont certainement en passe de se confronter à leur peuple tôt au tard sur la limitation de leur mandat ou sur sa perpétuation. La sauvegarde de la démocratie boiteuse à l’africaine que nous connaissons depuis quelques années en dépend.


De la crédibilité

Beaucoup de citoyens lorsqu’ils sentent que l’organisation d’un processus électoral souffre de crédibilité, sont tout de suite dans une frustration qu’ils laissent apparaître par des mouvements de rue. N’est-ce pas que le pouvoir originel appartient au peuple ?

La crédibilité se déduit d’un certain nombre de facteurs, la mise en place des organismes de gestion électorale, sa composition, le bon fonctionnement et la mise à disposition suffisante des matériels, l’indélébilité de l’encre, la présence de représentant de tous les partis politiques, etc.

La composition des instances de supervision et de proclamation des résultats est encore plus déterminante dans la satisfaction des citoyens. Parce qu’elles portent en elles, la question de transparence et d’apaisement. Très souvent c’est à ce niveau que se posent des problèmes. D’abord au niveau des commissions électorales chargées de la collecte et de la proclamation des résultats provisoires, puis ensuite au niveau des cours constitutionnelles censées recevoir les recours en contestation et proclamer définitivement les résultats.

Mais depuis un moment l’usage de la violence gratuite semble de plus en plus être annihilé par leurs croyances et leur foi en un processus démocratique exempte de vice. Quoi qu’on en dise, la violence gratuite ne résout souvent rien. Elle n’entraîne que de l’instabilité. Par contre la violence raisonnée est très souvent porteuse de fruits. Il suffit de se tourner un peu vers le Burundi pour comprendre que ce sont les dirigeants, isolés, têtus, dans leur inique projet de conservation du pouvoir et dans leur quête effrénée à s’éterniser sur le trône qui font plus usage de la violence. Et comme l’homme porte en lui les stigmates de la rébellion, les peuples s’opposent à cet état de choses par la violence.

En principe, la démocratie est la meilleure des dictatures. Elle donne l’impression au citoyen d’avoir son mot à dire, ce qui l’empêche de se révolter. Beaucoup de nos dirigeants ne savent pas en faire usage. C’est donc l’autre face de la dictature si on voit bien ses effets à la loupe.

Retenez que l’un n’est pas différent de l’autre. Parce qu’en définitive, la dictature, c’est ferme ta gueule et la démocratie, cause toujours !

Bien à vous !

9 thoughts on “De l’esprit de violence

  1. T’as tout bon sauf !!! T’as oublié de dire qu’au Togo on fait déjà croire au peuple que cest lui qui gouverne… Le Togo est démocratique et fait des élections sans violences

  2. Un point de vue intéressant.Belle analyse… La violence en tant que « passage obligé » nécessite bien qu’on s’y penche sérieusement.
    cela dit, je ne suis pas aussi à cheval sur la notion d’alternance. Dans l’absolu, un système démocratique peut se faire sans alternance (Je ne dis pas que c’est notre cas ici, loin loin loin s’en faut!)

  3. parfois j’ai l’impression qu’au Togo il est question de populace or il faut un peuple pour fair usage de cette violence raisonnée.le populace ne peut fair que des emeutes…
    joli post

  4. Vive la démocratie quand c’est moi qui suis au pouvoir. On ne peut être violent qu’envers quelqu’un qu’on dépasse en force. Dès que madame a plus de revenus on est moins violent. Nos fameuses manifestations sont des signes d’agonie . La démocratie alternative. ..non merci. Depuis quand les peuples ont leur mot à dire.

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