A cœur ouvert

maxresdefault

 

Lettre à Maman,

Aujourd’hui, c’est le 31 Mai et j’aimerai que tu me reviennes en riant, en disant que tu n’es pas partie, que ce n’était qu’une blague. Tout à fait ton genre, une blague drôle et douloureuse, un humour que tu m’as transmis avec des intonations douteuses. J’aimerai me dire que tu es là, juste derrière la porte, en train de te retenir de pouffer pour ne pas te faire remarquer, que tu attendes que je me mette à paniquer pour débouler puis me prendre dans tes bras et serrer, serrer mon petit cœur qui s’est délavé pendant toutes ces années.

Aujourd’hui, ce n’est ni ton anniversaire de vie, ni ton anniversaire de mort. C’est un peu la fête des mères. Mais devrais-je attendre des occasions pour t’aimer encore ?

Tu sais, pleins de choses ont changé depuis ma dernière lettre.

D’abord, j’ai rencontré une fée, un petit ange qui me fait vibrer. Je crois bien que je me suis mit à l’aimer comme tu me l’avais conseillé : de toutes mes forces. Ce n’est pas que je l’ai choisie, non. Elle s’est installée et a pris le contrôle de mes émotions. Tu l’aurais sans doute adoré, elle est belle, drôle, intelligente et susceptible. Exactement le genre de personne à qui tu adores faire tes petites farces.

Ensuite, je me suis remis sur pied, je suis moins perdu et surtout un peu moins triste, j’ai compris que si tu es partie, c’est surtout parce que je devais grandir. Maintenant que je tourne le dos au passé, je ne vois que l’avenir. J’ai évidemment toujours ce pincement au cœur quand je me lève le matin, un petit goût de rancœur, puis je reprends mon chemin, je me dis que tu me vois, ça me rassure. Du coup, je donne le meilleur de moi, je te l’assure !

Et puis quand je me ballade, j’aperçois souvent ton visage, dans un coup de vent filtré dans les feuillages, je reprends vie et je me sens en phase, je crois que je suis prêt à avancer sans ton aiguillage.

C’est toujours un peu douloureux de me dire que tu ne verras jamais mon premier bambin, et aussi les quelques réussites que je tiendrais très fort en main. Je me dis aussi que tu ne reviendras jamais demain, et que je devrai cesser de faire ce rêve de gamin.

Parlons-en, de mes rêves : tu es éternelle et me poursuis sans trêve, je te vois toutes les nuits, parfois en cauchemars, parfois en harmonie, qu’importe, quand je me réveille, je me sens un peu en vie.

Je sais que tu te demandes pourquoi j’écris tout ça ici, aux yeux de tous, alors que tu détestes qu’on se découvre au monde et qu’on se donne en offrande aux dessins des immondes. Mais moi je m’en fiche, j’aimerai que la terre entière sache comme je t’aime, comme j’ai choisis le bonheur à la haine, comme je souris à la peine, parce que ta leçon n’a pas été vaine. Je me dis que je suis en veine, parce que tu es partie de ma vie de chienne, et malgré ça j’attends toujours que la chance vienne.

J’ai appris grâce à toi que si les difficultés existent, c’est pour nous tester et que si je survis c’est que j’ai gagné, baisser les bras c’est apprendre à perdre, et si j’ai beaucoup perdu il me reste encore à perdre… encore.

Alors, aujourd’hui, j’ai ouvert la porte une 7ème fois le trente-et-un Mai et j’ai de nouveau constaté que tu ne te cachais pas derrière, mais je n’ai pas pleuré, non. Je me suis mis à rire de toutes mes forces en observant l’horizon, je me suis remis à marcher en chantonnant parce que je savais que tu étais toujours là maman, dans mon cœur et ses tréfonds.

Beaucoup disent qu’on a qu’une mère. Mais c’est faux. On en a quelques fois plusieurs tout haut. celle de cœur, et celle de sang. Qu’importe, tu as été, tu es et tu resteras toujours une mère pour moi.

Ton Guillaume chéri, je t’aime.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *