De l’église et de ses bavures

Crédit : photos-neuch.net
Crédit : photos-neuch.net

Dans un billet récent, un ami et grand-frère camerounais, Will Fonkam, retenait mon attention sur le fait que je sois excessivement rigoureux avec les églises du 21e siècle. Et un peu trop admirateur de l’Eglise catholique. J’aurais aimé lui dire directement en commentaire : mais Will, qui t’a menti comme ça ? Tant s’en faut. Si seulement tu savais… Mais, comme j’ai deux pieds gauches, j’ai préféré prendre les choses avec des pincettes et faire un développement plus approfondi, avec mon ami Renaud, que vous verrez ici.

Il y a un constat que nous faisons tous dernièrement, c’est que les églises poussent comme des champignons partout dans nos villes. Dans le quartier Adidogomé-Amadahomé par exemple, j’en ai 13 dans un rayon de 500m. Et c’est sans compter le nom qu’elles ont : église les boucaniers du Christ, église l’armée de midi, église le feu qui brûle, église la puissance destructrice, église la nouvelle voie, ministère du Dieu vivant, ministère de l’évangélisation des derniers temps, etc. Et nombreux sont les hommes habiles qui viennent y prêcher. Les femmes qui viennent s’abreuver, s’y restaurer, y jouer, y parler, réfléchir et exister.


De « gré » ou de « force »

Ce qui est étrange c’est que toutes ces églises que nous voyons aujourd’hui, sans exception aucune, ne sont que des ramifications de l’Eglise catholique. C’est elle l’église mère, je l’ai dit et j’assume.

L’Eglise catholique, celle qui a tout reçu de Rome, de ses divinités, de ses appellations, de ses préceptes et de ses dogmes. C’est Rome qui a entraîné et alimenté la cécité spirituelle que nous connaissons aujourd’hui.

Quoiqu’on dise, c’est un copier-coller qui est fait par les nouvelles églises. Et c’est un peu ça que je déplore dans le monde actuel. On copie un peu, on vient modifier. On modèle, on module et on dit qu’on a la meilleure église. C’est un peu comme ça que le monde religieux a été créé depuis. De subterfuge en subterfuge, de dissimulation en dissimulation, de falsification en falsification au point de nous embrouiller pour mieux avoir la main mise sur nous. Tsuip ! Vous voulez comprendre ? Bien que trop fictif, je vous recommande quand même Dan Brown et Borgia, bonne lecture…

L’église dont je vous parle est un coin tranquille. Celle qui accepte tout et ne refuse rien. C’est celle où se dissimule beaucoup d’esprits malveillants : sorcières et sorciers, femmes adultères, maris infidèles, jeunes filles frivoles, jeunes garçons braqueurs, prêtres pédophiles, etc.


Cette église « Open bar »

Si on reproche, souvent à juste titre, à la nébuleuse de mini sectes candidement appelées « églises éveillées » d’être excessivement intrusives et dirigistes vis-à-vis de leurs fidèles, on peut par contre dire que dans l’Eglise catholique, c’est open bar. « Elé hounhoun Gbadjaaaaaaaaa ». En gros, chacun fait comme il le sent.

Que l’on soit un catholique intégriste, un catholique du dimanche ou encore un simple catholique culturel (comme un certain Renaud), on s’accorde à dire qu’un peu plus de fermeté sur certains points ne ferait pas de mal. La citation c’est « une main de fer dans un gant de velours », et non « une main de velours dans un gant de velours »

Il est tragique de le reconnaître, mais les fidèles sont faits pour être dirigés (d’où l’omniprésence de la métaphore du berger et de son troupeau). Ils ont besoin de guide, surtout quand il s’agit du spirituel. C’est pourquoi beaucoup perdent pied dans un système devenu aussi laxiste, et ce pour se tourner vers d’autres « structures » qui offrent un degré acceptable de « rigueur ». C’est proprement fascinant.

Le début de tout ça, c’est Vatican II. À partir de ce concile, nous sommes allés de « modernités » en « modernités ». L’église a fait son aggiornamento et semble s’être diluée dans une espèce d’universalisme frelaté et niais, qui ne  laisse aucune place à la fermeté. On n’y comprend plus grand-chose.


Cette église « spéculative »

Le monde d’aujourd’hui est tel qu’en principe, notre croissance spirituelle doit croître au même rythme que notre croissance physique. C’est seulement de là que naîtra l’unicité dont nous parle tant le Christ. Mais avec l’Eglise catholique on ne constate que le contraire. Les gens grandissent physiquement mais sont des nains spirituels au point d’être vulnérables à toutes les formes d’attaques. Peu s’adonnent à de véritables prières en dehors du cadre formaliste de l’église. Il y a des groupes certes, mais les gens ne s’y fient pas trop. Ceci justifie aujourd’hui pourquoi beaucoup quittent les églises formalistes : catholique, protestante,  pour les églises « éveillées, réveillées ». Hihihi… Ils aiment bien les « dangerous prayer ». Vous n’avez pas dit que vous êtes un esprit malin ? Fire… Venez encore !

J’ai ouï-dire que les catholiques perdent facilement les combats spirituels. Qu’à force de réciter le « Notre Père » et le « je vous salue Marie » leur vulnérabilité est de plus en plus grande. Que la tendance recommande de prier dans le « parler en langue » parce que Satan parle toutes les langues de nos jours. C’est drôle, mais sur cette question, je suis de ceux qui pensent que Dieu n’est pas sourd et que prier à haute voix en criant, c’est sous-estimer sa capacité à nous entendre. Le Créateur n’est pas sourd, ma parole !


Cette église « ONG »

Des actes de bienfaisance par ci, les déclarations humanistes du Pape par là… Tout porte à croire que l’église est devenue une ONG. Une gigantesque ONG de plusieurs centaines de millions de membres.

Quant aux positionnements du Pape sur des sujets comme l’avortement ou encore le mariage homosexuel… #WTF c’est une aberration. Vouloir trouver le juste milieu à toutes les questions sensibles entraîne un vagabondage spirituel des fidèles. Il n’y a jamais de position tranchée. On fait tout pour ne pas perdre les fidèles. On aurait presque dit que c’était des clients qu’on ne voudrait absolument pas voir partir.  Alors on leur donne l’impression de les comprendre et qu’ils ont leurs mots à dire. On cède à tout et tout de suite pour ne pas les frustrer. On fait quoi des convictions morales ? Des principes religieux ? Des 10 commandements ?

Se réduire chaque fois aux caprices des hommes en négligeant les recommandations du Tout-Puissant ne nous entraîne-t-il pas vers l’abîme ? Vous comprenez mieux pourquoi je disais que comme une fille sur le trottoir de Déckon, l’Eglise catholique accepte tout et ne refuse rien ?


Cette église d’ « en haut » et celle d’ « en bas »

Pédophilie, blanchiment d’argent, trafics en tout genre… L’église d’en haut ne fait pas rêver. Enfant, on a toujours considéré les prêtres comme des modèles d’intégrité et de réussite. Ce sont les nombreux scandales imputables à leurs personnes qui ont fait s’effondrer cette vision des choses.

L’église d’en bas ne fait pas non plus rêver. C’est celle des pauvres, des âmes perdues, manipulées, sensibles et souvent incontrôlables.

Le Vatican, notre « Banque »

On ne va pas se mentir, l’Eglise catholique apostolique et romaine est une des plus puissantes institutions du monde. C’est aussi une des plus riches et hypocrites… Quand on sait ce qu’est la vie de « l’église d’en bas », c’est à se poser des questions. Est-ce que le Pape serait d’accord pour « un peu plus » de charité chrétienne ? #Jedisçajedisrien

Au-delà de ces bavures, de ces erreurs, et autres, je suis très fortement attaché à l’Eglise, car malgré tout, elle est, reste et demeure la mère des églises, celle qui, de notre point de vue, se rapproche le plus du message du Christ, aujourd’hui encore. Celle dans laquelle nous avons été moulés, complétés en tant qu’humains… C’est une mère d’une certaine façon. Et on ne saurait renier une mère!

Cela dit, rien ne m’empêche de m’ouvrir aux autres églises. Les fréquenter, y apprendre et y enseigner. A partir d’une mauvaise idée, on peut très facilement trouver la bonne, dit-on. Il faut écouter partout parce que personne ne détient la science infuse sur terre. L’essentiel est de faire usage de sa raison pour distinguer le vicié du véridique. Je ne suis pas un de ces fidèles borgnes, endoctrinés, murés et emmurés qui accepte tout. Comme tu l’as constaté Will, j’ai pu très facilement dire ce que je pense sincèrement de l’église catholique dont je ne dirai pas être un admirateur.

La guerre que nous connaissons aux églises aujourd’hui est une guerre d’émotion avant d’être spirituelle. Si quelqu’un arrive à prendre le contrôle de vos émotions, la peur, la joie, la tristesse, la surprise, la colère, souffrez qu’il vous manipule telle une marionnette. Il y a une totale confusion entre l’émotionnel et le spirituel. On y reviendra…

Dans la manipulation des autres, les hommes sont toujours complices, même si cela implique des supplices. Aux dernières nouvelles, il y a maintenant 15 églises dans mon quartier. Deux se sont ajoutées à la liste. Hébaaa… Allons seulement !

En attendant que je me décide à vous raconter l’histoire de ce petit garçon qui clopinait, avançait, transbordait du religieux au purement spirituel, se fit une raison pour être un jour comme tout le monde. Trop curieux et trop impertinent, il est plutôt considéré comme une source de mauvaises ondes, portez-vous bien.

Bien à vous !

 

Légende :

1– Aggiornamento : terme italien désignant adaptation.

2– WTF : what the fuck.

12 thoughts on “De l’église et de ses bavures

  1. je parierai presque que tu es un séminariste raté, un enfant de chœur, ou en tout cas un fidèle qui a bien suivi ses cours de catéchèse.!en tout cas, ton texte est clair!
    bon courage

  2. Je partage l’argumentaire sur la complaisance de l’Eglise à l’égard des questions sensibles de notre époque. Il y a des brebis galeuses partout. Néanmoins l’église n’est pas une sainte nitouche et il n’y a aucune honte à reconnaitre ses tares. Merci pour ce billet.

  3. La remise perpétuelle en cause nous ouvrira ainsi les portes de la connaissance véritable.En une formule ramassée, le doute est un hommage rendu a l’espoir.

    Mes amitiés

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