Des 33 ans de pouvoir de Paul Biya

Crédit : camenews.com
Crédit : camenews.com

Bien le bonjour lectrices et lecteurs,

Jamais, nul autre pays au monde n’a eu autant à ressembler au Togo que le Cameroun. La similitude est tellement frappante aussi bien dans l’histoire, dans le quotidien des populations, que dans le fonctionnement des institutions, au point qu’on pourrait croire que ces deux pays ne sont différents que de nom.

Il faut le préciser, je suis Togolais et je n’ai jamais mis pied au Cameroun. Mais, j’ai eu la chance à travers la plateforme Mondoblog de nouer de saines amitiés, que j’ose croire seront valables au-delà des messages ou appels échangés par écrans interposés et des décilitres de bières, avec des ami(e)s Camerounais y vivant. Quand je discute avec eux, c’est avec ébahissement que je me retrouve sans aucune forme d’artifice dans leurs vécus. La stupéfaction est encore plus impressionnante au regard de l’actualité politique, sociale et économique du pays.

Il me semblait opportun de faire toutes ces précisions pour éviter de faire perdre du temps aux partisans de l’inconditionnel « tu n’y vis pas, tu ne dois pas en parler ». Monsieur et dames, je vous épargne en toute bonne foi, ces commentaires et idées que j’aurai pu me faire le malin plaisir de vous laisser formuler. Mais pourquoi perdre du temps sur les futilités ? L’émergence que nous visons n’en a pas besoin. Je vous l’assure !

Prenez assez de souffle, ça promet d’être looooooooooong !


Parlons d’histoire commune…

Tout comme le Togo, le Cameroun est une terre qui a connu des Allemands, des Français et des Britanniques. Ces deux nations sont le fruit d’une série de dépeçages entre les anciennes puissances coloniales.

Tout comme le Togo où l’explorateur allemand Gustav Nachtigal signa un accord de protectorat (Schutzgebiet) le 5 juillet 1884 avec le roi Mlapa III, le Cameroun a connu Gustav Nachtigal en 1884. Ce dernier au nom de la nation puissante d’Allemagne a accordé un protectorat au Cameroun. C’est pour cette raison qu’il hissa le drapeau allemand à Douala le 14 Juillet 1884.

Tout comme le Togo, l’Allemagne après s’être opposée farouchement aux Français et Anglais, a renoncé à tous ses droits sur le Cameroun en ratifiant le traité de Versailles du 28 juin 1919. Ce traité stipulait en son article 119 que : « l’Allemagne renonce en faveur des principales puissances alliées et associées à tous ses droits et titres sur ses possessions d’Outre-Mer ».

Tout comme le Togo, la France et l’Angleterre se sont partagées le Cameroun le 10 juillet 1919. Puis, l’ont placé sous le régime de mandat avant de l’administrer au nom de la Société Des Nations (SDN).

Tout comme le Togo sous mandat français, le Cameroun sous mandat français a participé à la deuxième guerre mondiale entre 1939 à 1946 en réponse à l’appel du général De Gaule.

Tout comme le Togo a connu son premier parti politique le Comité de l’Unité Togolaise (CUT) avec Sylvanus Olympio, le Cameroun a connu son premier parti politique l’Union des Populations du Cameroun (UPC) à Douala avec pour Secrétaire Général Ruben Um Nyobè.

Tout comme le Togo, l’ancien Cameroun, alors sous tutelle française a accédé à l’indépendance en 1960 d’où on a assisté à la naissance de la République du Cameroun. Le Cameroun a eu son indépendance le 1er janvier 1960 et le Togo le 27 avril 1960. L’indépendance n’a cependant pas mis fin à l’histoire tumultueuse des deux pays.

Tout comme le Togo a été marqué par l’assassinat de Sylvanus Olympio, le Cameroun a également été frappé par la perte funeste de Ruben Um Nyobè le 13 septembre 1958 tombé sous les balles de l’armée coloniale française.


Parlons de présent commun…

Tout comme la chaîne nationale Togolaise TVT (Télévision Togolaise), la CRTV (Cameroon Radio Television) est la chaîne nationale Camerounaise. Elle est la chaîne qui fait des émissions, des journaux et des publicités propagandistes à l’image du chef de l’état sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il n’y a pas de conférence, d’inauguration d’école, de construction d’hôpitaux et de routes, de livraison de dons, qui ne soient pas sous le haut patronage de son excellence le président Paul Biya. Qui oserait faire un discours officiel sans le citer plus de fois qu’il n’y ait de ponctuation dans le texte ? Qui ? Le président Paul Biya, parlons-en.

C’est à la démission du président Ahmadou Ahidjo le 4 novembre 1982 que Paul Biya, premier ministre d’alors, lui succéda. Le 22 août 1983, le nouveau chef de l’Etat annonça la découverte d’un complot ourdi contre la sécurité de l’Etat par les partisans de l’ancien président. Le peuple camerounais se rangea du côté du nouveau Président dont l’action se fondait sur la rigueur et la moralisation, tel que prôné par le Président Paul Biya. L’ancien président Ahmadou Ahidjo, qui s’était alors installé à l’étranger, fut obligé de démissionner du poste de président du parti qu’il occupait jusque-là. Un Congrès extraordinaire du parti fut alors convoqué le 4 septembre 1983, à l’occasion duquel M. Paul Biya fut élu Président national de l’UNC. Cette élection permit de mettre un terme au bicéphalisme qui existait entre l’Etat et le parti.

Ensuite, il se posa un problème de la légitimité constitutionnelle et populaire du nouveau Président Paul Biya. Ce problème fut résolu par l’organisation d’une élection présidentielle anticipée le 4 janvier 1984 au cours de laquelle la double légitimité de M. Paul Biya fut confirmée par plus de 99 % de suffrages exprimés. Comme le dit l’expression populaire ivoirienne « il n’y avait rien en face, c’était maïs. »

Comme l’ancien chef de l’état Togolais Gnassingbé Eyadema, le président Paul Biya est considéré comme le « père de la nation » Camerounaise. Il faut croire que c’est une distinction que Dieu lui-même ne saurait contester. Puisque partout où se peut, il y a toujours un remplissage de son image. Que ce soit à l’aéroport, dans l’administration publique ou privée, dans les magasins, dans les restaurants, ou dans les bureaux des directeurs d’école, il y a toujours une photo pour rappeler qu’il y a quelqu’un qui mérite de tourmenter votre mémoire et d’y rester.

Comme l’ancien président Togolais Gnassingbé Eyadema, le président Paul Biya a connu et surmonté de nombreuses tentatives de coup d’Etat. La première tentative a été fomentée le 20 mai 1983 par des proches de l’ex-président Ahmadou Ahidjo. La seconde le 18 juin 1983 encore par des proches de l’ex-président Ahmadou Ahidjo. La troisième le 22 août 1983 et la quatrième tentative par la Garde républicaine le 6 avril 1984.

Comme l’ancien président Togolais Gnassingbé Eyadema, le président Paul Biya n’a pas pu surmonter le vent de la démocratie des années 1990. Il a cédé à la pression de la rue en autorisant l’instauration du multipartisme le 5 décembre 1990. Mais il a réussi quand même à réchapper à l’opération « ville morte » caractérisée par une grève générale, des émeutes et des manifestations sur toute l’étendue du territoire national entre avril et novembre 1991.

Comme l’ancien président Togolais Gnassingbé Eyadema, le président Paul Biya a tiré profit des élections boycottées par les principaux partis de l’opposition.

Comme l’ancien président Togolais Gnassingbé Eyadema l’a fait le 31 décembre 2002, le président Paul Biya a amendé la constitution Camerounaise portant sur la limitation du nombre de mandats présidentiels le 10 avril 2008.

Le président Gnassingbé Eyadema a fait 38 ans de pouvoir avant de mourir. Le président Paul Biya en est à son 33ème.

Comme le président Faure Gnassingbé fils du défunt président Gnassingbé Eyadema, le président Paul Biya a été victime de nombreuses rumeurs annonçant sa mort entre le 4 et le 6 juin 2004. A l’époque il avait 71 ans et faisait 22 ans au pouvoir.

Comme le président Faure Gnassingbé fils du défunt président Gnassingbé Eyadema, le président Paul Biya bénéficie d’un « merci papa » pour telle ou telle réalisation de temps en temps.

Tout comme le Togo connait comme attaquant incontournable Emmanuel Sheyi Adébayor, le Cameroun connait comme meilleur attaquant de tous les temps Samuel Eto’o. Ce rapprochement heureux se transforme en malheur quand on se tourne vers les fédérations de nos deux différents pays. En effet la FTF (Fédération Togolaise de Football) et la FECAFOOT (Fédération Camerounaise de Football) sont dans une impasse qui ne dit pas son nom depuis ces cinq dernières années. Si ce n’est pas une question de prime occasionnant le boycotte de certains matchs par les équipes nationales, c’est une question d’hébergement non réglée. Si ce n’est pas une question de remplacement du président de la fédération, c’est une question de détournement de fond.

Tout comme au Togo, il existe une grande brasserie au Cameroun. Cette brasserie fait des Camerounais les plus grands consommateurs de bière au monde. Même les allemands de la Bavière sont loins derrière sur le tableau de la concurrence. Ils sont devenus des éternels alcooliques qui ne pensent, agissent et mangent qu’avec de la bière. C’est la Mutzig, la 33, la Guinness ou la Castel tu veux ? Tout comme les Togolaises, les Camerounaises connaissent tous les noms des anciens et nouveaux bars. Elles ont un répertoire bien garni et sont à coude à coude avec les hommes sur le plan de la consommation. On dirait que l’émancipation est passée par là en premier.

En définitive, tout comme les Togolais, les Camerounais sont dans le « ndem ». (problème) Ils préfèrent noyer leurs chagrins dans des verres d’alcools.


Parlons d’avenir commun…

A ce stade, il est important de se demander si nous avons véritablement une destinée commune et quels sont les défis pour la grande nation Camerounaise et par conséquent Togolaise. Des défis pour qui ? Pour le pouvoir ou bien pour le peuple ?

De façon officieuse, ou officielle, on parle d’énergie déjà acquise avec la construction de barrages hydroélectriques, ENEO, pour pallier l’écueil des coupures intempestives. Mais c’est avec amertume qu’on constate les coupures d’électricité partout dans le Cameroun. Des délestages qui sont souvent au rythme du clignotement d’une voiture. Comprenez par là qu’aussitôt on le donne, aussitôt on le coupe.

Il est courant de constater qu’au niveau des défis pour le futur, chacun défendra son intérêt parce que chaque camp a ses priorités. Les gouvernants d’aujourd’hui pour la conservation du pouvoir; Et le peuple pour plus de répartition des richesses, plus de justice, plus d’équité, plus de lieux de soins, plus d’écoles, plus d’infrastructures, Etc…

En général, on parle de grands chantiers. Il y avait déjà eu les grandes ambitions, ensuite les grandes réalisations et maintenant les grands projets. Il s’agit dans une large mesure de prendre en compte les problèmes sociaux. C’est-à-dire l’éducation, le logement, les infrastructures, l’accès aux produits de première nécessité, l’accès aux soins, Etc…

Même si beaucoup restent sceptiques parce que pensant que tout ça n’est que des slogans de campagne et rien d’autres, il semble que nous devrions attendre l’émergence que nous promettent tant nos dirigeants. Il semble que nous devrions nous armer de patience pour pouvoir voir le lait et le miel couler. Au Togo, une vision a été échelonnée sur l’année 2030. Le Cameroun semble-t-il plus réaliste ou voudrait-il traîner les pas en parlant de 2035 ? D’ici là, nous avons tout le temps qu’il faut pour y penser. Que Dieu nous prête assez de vie pour que nous en soyons témoins.

Bien à vous !

Dédicace à David Kpelly, Florian Ngimbis, René Jackson Nkowa, Marie-Danielle Ibohn, Dania, Nelson Simo… Ces aînés qui nous enseignent beaucoup de par leur humilité…

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Guillaume DJONDO

Guillaume DJONDO

Social Media Manager chez Hikari Concept
Ce blog vous permettra peut être de mieux savoir qui je suis... Je ne sais pas encore. Je me cherche, je saisis toute brèche, je m'élance dans la recherche. Dans ce méli-mélo, certains diront que je suis : - Juriste spécialisé en Passation et Gestion des Marchés Publics. - D'autres : Social Media Manager. - D'autres encore : Poète. Tout dépend de la casquette que je porte en leur présence. Moi, je sais juste que j'ai une Plume qui Parle.
Guillaume DJONDO

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10 commentaires sur “Des 33 ans de pouvoir de Paul Biya

  1. J’ignorais que le Cameroun et le Togo avaient autant de points communs. On dirait des frères jumeaux… Le bilan très réaliste que tu dresses est la preuve, s’il en fallait que nous sommes dans le ndem. Ils nous ont promis l’émergence en 2035, attendons voir

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