Année blanche

Crédit : pixabay.com
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Maman chérie,

Il n’y a qu’à toi que je peux parler actuellement parce que Dieu n’écoute pas. Ne t’inquiète pas, j’ai essayé plusieurs fois, il ne m’écoute plus. Je ne peux pas te dire à quoi cela est dû. Mais j’ai tellement d’autres choses à te dire. Par quoi commencer pour que tu puisses bien me lire ? J’ai levé les yeux plusieurs fois cette année vers les cieux. De toutes mes forces, j’y ai prié Dieu. Puisque je ne trouve pas encore le moyen d’avancer, pour peu que je sois en mesure, je m’autorise à penser.

Aujourd’hui c’est le 1er décembre et j’aimerai te souhaiter un joyeux anniversaire. Oh ! Que j’aurai aimé que tu sois là pour que dans mes petits bras, je te serre. Oh ! Que j’aimerai formuler un vœu sans que mon cœur ne se resserre. Comment pourrais-je le faire sans des larmes ?

J’aimerais, j’aimerais, j’aimerais… Tant de choses, plutôt que de mouiller ce bout de papier sur lequel je t’écris sans les avoir. Je me contenterai de t’écrire le visage ferme de tout mon pouvoir. Ce n’est pas évident mais je me dis que c’est ce que tu aurais aimé voir. C’est mon année… Cette fois, c’est la bonne année. Pour mes bonnes idées. Les étoiles vont s’aligner pour tout figer. Illusion. J’ai travaillé farouchement pour réaliser mes ambitions. Désillusion. Mes résolutions n’ont été que des promesses. Mes décisions ont été que des messes. Mes ambitions ont fini par s’essouffler. Le travail a failli m’étouffer.

Encore une année passée à flirter avec l’incertitude. Ce que je pensais être une si précieuse année ne m’a offert que de mauvaises habitudes. Tu n’aurais certainement pas aimé certaines de mes attitudes. Celles où j’ai alterné entre les pérégrinations et l’instabilité. N’est-ce pas qu’il me fallait de la responsabilité ? Une année têtue qui a vite fait de me montrer les limites de ma témérité. Une longue année qui se referme sur ces litres de larmes qui ont coulé sans que je ne les aie commandées. Pourquoi ? Si seulement je savais à qui demander.

Pour plus d’un demi-siècle sur terre, je me suis interdit trop de chose. Pensant là, en arriver à la sagesse. Il était temps que j’ose. Parce que ce monde est vraiment truffé de bassesse. Des hommes qui ne valent pas une petite pièce de monnaie. Mais qui au détour de la méchanceté, arrivent à nous faire faire entorse à nos principes. Même si j’ai été encore sage cette année, je pense l’avoir été beaucoup moins que l’année dernière. Qu’importe, tout ça est maintenant derrière. Tout a changé depuis ma dernière lettre.

Ce qui n’a pas changé c’est ma retenue. Je sais. Tu me l’as interdit, mais elle n’est pas venue. Une déconvenue ! Pourtant, je pensais l’avoir trouvé, celle qui devait ôter ma circonspection. Tiens, je me suis même découvert avec les mois qui s’égrenaient, de la pondération. Oui, une progression. Ce n’est donc pas par faute de n’avoir pas essayé. J’ai consenti d’énormes sacrifices mais ça n’a finalement pas payé. C’est triste, mais je laisse aller.

La fin des milles rêves et le réveil précoce… Cette maladie de papa a été l’épreuve la plus rude de toute mon existence. Celle au cours de laquelle nous avons senti énormément ton absence. Celle qui se payait chère de ma patience. Une vraie épreuve de nerf pour chacun de nous. Il s’en est fallu de peu pour que je devienne fou. Parce qu’à ses maux, on ne trouvait rien du tout. Tant je ne comprenais rien à tout ce qui lui arrivait, tant les allers-retours entre l’hôpital et la pharmacie, tant les factures et les ordonnances à payer, tant les soulagements et les inquiétudes, m’avaient prouvé que je pouvais me sentir seul. Que j’étais seul. Un manque chronique de soutien qui augmentait mes peines. Un vide qui glaçait souvent le sang dans mes veines. Une solitude qui, très peu s’est comblée avec les soutiens. Autant en emportait le vent, autant en emportait mon rire. Qui à part le bon Dieu pouvait nous délivrer du pire ?

Une épreuve qui a eu le mérite de revigorer ma foi et de me rapprocher encore plus de toi. De me révéler combien l’homme pouvait faire preuve de méchanceté. Perdre si vilement sa dignité. Et ne pas craindre la fureur de la divinité. Cette épreuve m’a permis de découvrir cet autre degré de la maturité. Celle qui démontrait qu’hier on pouvait être au bord de l’espoir, et aujourd’hui au bord du désespoir. ce voyage… Tant de préparation pour que ça ne tienne plus. Une déception. Qui l’aurait cru ? De la désillusion. J’en ai eu assez. Je ne sais pas comment à mon âge, je suis me suis renfermé. Peut-être parce que l’espoir me quitte.

Alors, en cette fin d’année, je vais fermer les yeux sur les rancœurs, les déceptions et les amertumes, encore une fois. Faire le vide dans ma tête. Embrasser cette nouvelle année qui se profile à l’horizon en toute bonne foi. Tout en essayant aussi de garder intensément la foi. Et surtout,  faire la fête.

Tu me manques énormément… Si tu savais.

Joyeux anniversaire !!!

Ton Guillaume chéri, je t’aime.

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