Le mariage, les bretelles et moi

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Il est des heures fragiles où les amarres nuptiales peuvent se rompre, et les mariés très souvent le savent bien. Ces heures ce sont celles qui s’égrènent lentement et dans lesquelles il arrive au célébrant d’un mariage de prononcer : « si quelqu’un s’oppose à ce mariage, qu’il se manifeste maintenant ou qu’il se taise à jamais » (Je dis hein… On ne peut pas supprimer cette partie-là dans les discours ? ) Mouf !

Samedi 06 février 2016, il est 15h30. L’enveloppe et la beauté de la carte d’invitation parlent d’elles-mêmes. Le mariage a commencé depuis une heure déjà.

Pendant que l’on attendait impatiemment que le prêtre poursuive la célébration du mariage, une jeune femme fit son entrée, emplit aussitôt la pièce de sa présence, allure de mannequin, corps noueux, chevelure indomptée, visage déterminé, un parfum Dior agressif que l’on pouvait sentir de loin, surligné par son maquillage. Mon Dieu ! Qu’est-ce qu’elle est belle, murmura le jeunot qui était à côté de moi. Sa copine avec qui il était venu lui jeta un regard effrayant et ne s’est pas faite prier avant de lui faire une scène de ménage : « je suis juste à côté et tu regardes une autre femme ? Eéééh Kodjo, tôté ahassi bé agbé wan vidé laaa hin » (Traduction : eh Kodjo, arrête un peu cette vie de débauche) Le sentiment immédiat d’un petit scandale dans un grand nous transperce la poitrine. Pendant qu’on se demandait si ce n’était pas une autre copine du marié qui venait de faire son entrée, la jeune femme s’avance rapidement dans le couloir que vient d’emprunter la mariée avec sa longue robe blanche en fixant le prêtre depuis l’estrade et en se dirigeant vers le couple de mariés. La force avec laquelle elle a ouvert la porte et le rythme accéléré de sa démarche nous ont convaincu qu’elle était là pour interrompre ce mariage. L’assistance visiblement intriguée par une présence à ce moment crucial retint son souffle. Qui est-elle ? Que va-t-elle dire ? Pourquoi est-elle de blanc vêtue ? Pourquoi tenait-elle un bouquet de fleurs ?

La conversation dans le temple commence à la fois docte et gaillarde, mêle français et éwé sur la manière dont elle s’est habillée. Elle fait en passant une minauderie à l’assistance qui la regarde, glousse d’aise et rigole. Puis, dès qu’elle arrive à la fin du couloir à côté de l’estrade, se juche sans façon sur le siège devant le mien, se cale entre deux messieurs, pose ses grosses fesses sur le siège et dit au prêtre : poursuivez s’il vous plaît. Ouf de soulagement, pouvait-on lire dans le regard des époux !!!

Une partie de l’assistance n’a pas tardé à pousser des jurons, une autre à réclamer silence pour que la bénédiction nuptiale se poursuive. On a pas eu le temps de fixer le célébrant et les mariés, qu’une dizaine d’abeilles firent leur entrée et bourdonnaient aussitôt autour de la jeune dame qui venait de s’installer. Quelques secondes plus tard, c’est toute une colonie d’abeille qui fit son entrée dans l’église provoquant la frousse. Le parfum un peu trop piquant de la jeune dame avait réussi à éveiller le sens de ces insectes qui n’ont pas tardé à nous envahir. Mince ! Pris de panique, nous avions couru dehors histoire de chercher un abri sûr.

Mon pantalon se pliant sous mes fesses comme celui d’un rappeur américain et moi l’attrapant par moment pendant la course pour le soulever comme un rappeur togolais ; Mes bretelles m’empêchant de courir convenablement comme le jamaïcain Usain bolt pour atteindre la voiture de mon cousin, je décidai de me réfugier dans la maison en face de l’église. Erreur ! La porte était fermée. J’ai vu de loin un bar à 3min de l’église. J’ai enlevé mon nœud papillon qui commençait à m’étouffer. Ouf, je respirais mieux. J’ai sorti le seul papier mouchoir qui me restait, j’ai essuyé les grosses gouttes de sueur que j’avais sur mon front. Je me suis baissé, j’ai enlevé mes mocassins, j’ai plié mon pantalon, j’ai serré mes bretelles, et j’ai couru de toutes mes forces comme un éthiopien à un jeu olympique. Je n’étais visiblement pas le seul à avoir eu cette idée. D’autres personnes sorties de l’église ne tardèrent pas à me suivre. Le cri des femmes fit sortir la gérante et les serveuses du bar qui en nous voyant arriver nombreux et poursuivis par les abeilles, ont fermé l’entrée. (Non-assistance à personne en danger hein ? ) Pire, le Dj sans doute complice de leur agissement n’a pas manqué d’augmenter le son de la chanson qu’il jouait. Je pouvais entendre, en dépassant les gros baffles à l’entrée du bar, le refrain de la chanson akobo poussière du groupe akobo system. J’ai tout de suite compris que je ne pouvais compter que sur mes pauvres jambes frêles et que si je ne courrai pas plus vite que les autres, j’allais mordre de la poussière.

Si vous me voyez en culotte avec une chaussure de sport nike à votre mariage, ce ne serait pas parce que j’aurai perdu le goût de la mode (Estelle Gloria de ‪#‎ModernEtChic‬# est toujours là pour les bons conseils). Mais, ce serait par mesure de précaution. Avec la multitude de parfum bizarre sur le marché, on ne sait plus vraiment quand peut venir le danger et quand il faudra courir dans ce pays.

Bonne semaine aux amoureux.

Bien à vous !

3 thoughts on “Le mariage, les bretelles et moi

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