TOGOVILLE, TERRE DE NAISSANCE ET DE RENAISSANCE. ( Deuxième partie)

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Nous sortions donc de la salle de conférence assez énervés, presque hystériques. Beaucoup avait déjà les nerfs à vif, étaient au bord d’une crise d’irritation. Il fallait voir tous ces visages serrés, toutes ces mines comme si on venait d’être frappé par un malheur. (Vous voyez hein! Un peu ces mines faites lorsque ces gros camions de vidange viennent tarir les fosses septiques des WC dans nos quartiers, que l’odeur nauséabonde nous contraint à fermer nos visages.) C’était des mines justifiées tout simplement par l’interruption du délice que nous procurait cette formation d’infographie. Nonchalamment, on finit par arriver dans la demeure de la famille royale.

Quelques minutes d’attente dans le palais royal puis arriva une horde d’homme, cinq en tout. Quatre un peu au-dessus de la cinquantaine et au milieu d’eux, un jeunot, d’une silhouette fine, d’un air malicieux, de blanc vêtu, qui paraissait assez mystérieux. Tchô, c’est tout le prince ça ? Me suis-je dit! Oubliant combien l’apparence pouvait être trompeuse. C’est après son mot de bienvenue avec une éloquence digne de ce nom, un français impeccable que je me suis ravisé. J’avais toute suite compris le sens de ce dicton qui dit « l’habit ne fait pas le moine ». Tellement qu’il concordait avec la circonstance.

Doté d’une intelligence étourdissante, d’une rétention d’enfer, et d’un savoir méthodique enchanteur, en un mot d’une vitalité à toute épreuve, Prince Asrafo Plakoo-mlapa, demeure un fieffé natif occupé à ficeler des récits abracadabrants de ses aïeux, de son futur royaume, à seule fin d’édifier ses visiteurs. Il n’a peut-être manqué à ce jeune prince qu’un humour dévastateur pour que je lui négocie personnellement le mariage d’une de mes cousines aux magnifiques dos d’ânes. (Eh, oui, mes cousines n’aiment pas les gens trop sérieux à la maison) Sinon l’histoire de son Togoville chéri, il le connaissait comme le fond de sa poche, ce prince. C’était à n’en point douter le fils parfait, le prince idéal. Pas étonnant qu’il ait été désigné parmi ses nombreux frères, me suis-je dit ! Mais il a beau se montrer moins drolatique, il n’était pas frivole, sa légèreté et son agilité formaient sa profondeur d’esprit même. Ceci était bien évidemment imprégné dans ses premiers mots à l’endroit de l’assistance  » Soyez toujours du côté de la lumière « 

Avant de planter le décor, le Prince a soulevé sa peine morale de se prononcer dans une langue autre que la sienne, l’éwé. Le jeune Prince Asrafo citant Joseph Kizerbo disait « il n’y aura jamais de développement en ‪Afrique tant que nous serons la périphérie des autres, au lieu d’être le centre de nous-même. »

 On n’explique rien par l’homme puisqu’il n’est pas une force mais une faiblesse au cœur de l’être, le lieu où tous les facteurs cosmologiques, par une mutation qui n’est jamais finie changent de sens et deviennent histoire. Il a poursuivi en précisant que « l’homme n’a que deux directions: l’être et l’avoir. Et lorsqu’il s’est totalement focalisé sur l’avoir, il perd tout son être» avant d’ajouter dans son développement que « les dieux qui ont créé la liberté, ont aussi créé la discipline. »

De ces échanges avec le Prince Mlapa II qui se sont déroulés 4 heures durant dans le palais royal, il faut retenir que la réalité historique, parce qu’elle est humaine est équivoque et inépuisable.

 (Oui, oui 4 heures durant puisque ce qui était prévu pour être une déconvenue était soudainement devenu très enrichissant et probe)

Dans une ambiance, bon enfant, riche en émotion surtout, le Prince Asrafo a félicité l’initiative ‪BlogCamp228 qui a choisi ‪Togoville pour marquer la pose de sa première pierre avant de préciser en ces termes « vous, blogueurs, n’avez pas besoin d’être des martyrs ; cela n’intéresse personne; et cela ne servira à rien ».

Un cadeau symbolique a été offert au prince par les organisateurs du BlogCamp228. S’en est suivi les minutes d’échange avec le prince, une visite du ‪musée historique de Togoville et la signature du ‪Livre d’or de tous les participants, avant que nous ne rejoignions l’internat du Collège Saint Augustin, lieu où nous avons élis logement. Je ne survolerai certainement pas cet échange intéllectuel pontifiant qu’il y a eu entre Judith Gnamey et le Prince au sujet du rôle de la femme au sein d’une communauté. Tellement chacun défendait sa position, que les arguments pleuvaient ci et là. (Faites attention je vous dis, les féministes avec émancipation-là vont nous couper les couilles un jour. Ça prend de la graine !)

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TOGOVILLE, SIGNE DES GRANDES DÉCEPTIONS DE LA DÉSOLATION HUMAINE

Je m’en voudrais toute ma vie de ne pas relever cette déception qui fut unanime de constater ce qu’était Togoville 130 ans après le Traité de Protectorat. On appelle quelquefois l’absurde ce qui n’est que la dénonciation du caractère dérisoire d’un langage vidé de sa substance, stérile, fait de clichés et de slogans. Mais au fond, est-ce vraiment absurde ? N’y a-t-il pas une part de vérité enfoui quelque part ?

En effet, bien que présenté comme un discours d’accueil Princier, le discours rompt avec les conventions narratives, se heurte à la vraisemblance, se forge d’un mélange des genres et assaisonne la salade d’une forte dose d’ironie et de dérision. Bien compréhensible non ?

Pour une ville qui se trouvait être le couffin de notre cher Togo, la terre mère de notre nation, délaissée comme un enfant orphelin dans les recoins sombres d’un hameau. Eh bien, pour un Prince de surcroît, vous imaginez la déception d’être dans une ville esseulée à son propre sort ? Sans antenne relais Togocel, ni Moov ? Sans aucune administration quelconque ? Sans aucune institution financière ? Vous imaginez un peu hein ?

Nous qui aimons les Sms, les discussions empesées sur whatsapp ou viber, les tweets, les virées pompeuses sur instagram ou tumblr, et les aventures virtuelles sur facebooks. Vous vous imaginez un peu sans tout ça pendant 4 jours ? 4 jours coupés du reste du monde hein ? Retour à l’âge de la pierre taillée, ou bien ?

On pouvait sentir de la colère dans les propos du prince, de l’indignation, de l’acrimonie. Au point où il a même laissé entendre qu’il n’était revenu à Togoville qu’après 40 jours à l’étranger. Sa vie serait donc menacée parce que soulevant des revendications légitimes ?

Moi, je n’en revenais tout simplement pas. C’était inimaginable, ce Togoville dont je connaissais l’histoire par cœur après avoir été battu plusieurs fois en classe de CE1 et CE2 à l’école primaire catholique d’Atakpamé, se trouvait être en réalité le paroxysme de mes illusions, la ville ou plutôt ce village esseulé pour des raisons que je ne saurais vous dire. Suivez juste mon regard !

« Nous avions voulu lui conserver cet aspect historique de l’époque coloniale » peut être me dira t-on. Mais quel impact aurait une seule et simple antenne de liaison de réseau de communication sur une ville tendant vers l’abîme, si ce n’est d’assurer une fluidité de la communication sinon de connexion ?

Dieu est grand hein, mais Togolais n’est pas petit.

A suivre…

17 thoughts on “TOGOVILLE, TERRE DE NAISSANCE ET DE RENAISSANCE. ( Deuxième partie)

    1. Bien entendu, il s’agissait de mon point de vue personnel. Je ne doute pas que tu aies raison et le prince non plus. Car vois-tu, nous ne sommes à la recherche que d’une seule chose en conduisant nos pensées ainsi, par diverses voies, le bonheur.

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