Une reconnaissance audacieuse de la Suède.

Crédit image : metronews.fr
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Il est des circonstances où la raison prend le dessus sur les intérêts, quels qu’ils soient. Elles sont rares voire rarissimes ces situations en ce XIXème siècle mais elles arrivent quand même. Tel est le cas de la Suède, le premier pays membre de l’Union Européenne à reconnaître l’état de Palestine. (Étrange n’est-ce pas ?)

D’autres pays européens ont reconnu l’Etat de Palestine, mais avant qu’ils ne fassent partie de l’Union européenne, comme la Hongrie ou la Pologne. (Mais depuis, plus rien hein !) Dans le monde, 135 pays au total, ont reconnu la Palestine. Ce n’est toujours pas le cas des Etats-Unis ni de la France.

Cette décision de la Suède semble à priori scandaleuse pour certains mais dans un monde où l’humanité y trouve encore sa place, elle a tout son sens. Cette date du 30 Octobre 2014, restera longtemps dans la mémoire de tout un peuple, de toute une nation et au-delà dans la conscience collective du monde.

La reconnaissance est un des critères indispensables d’affirmation de la souveraineté, qui permet de nouer les relations avec d’autres états, et créateur de droits et d’obligations internationales. En raison de ses nombreuses implications, la reconnaissance d’un nouvel état est difficile à octroyer même si l’état en question remplit les critères fixés par le droit international : un territoire, une population et un gouvernement effectif.

Ceci illustre bien la pénible situation dans laquelle se trouve un petit lopin de terre et une population depuis que le 7ème Congrès international sioniste a choisi le territoire Palestinien pour y créer un «Etat des Juifs».

Petit cours d’histoire.

L’injustice commise contre le peuple Juif entre la première et la deuxième guerre mondiale a prouvé à quel point l’être humain pouvait être effroyable et sans pitié. Les atrocités commises contre ce peuple ont conduit ces derniers à retourner à leur source, à leur origine. La décision prise de s’installer précisément sur le territoire palestinien n’a pas été hasardeuse. Elle est relative à deux situations :

– L’une s’expliquant par des convictions religieuses.

– L’autre s’expliquant par des facteurs idéologiques et politiques.

La montée de l’antisémitisme, déjà présent à la fin du XIXe siècle, jusqu’au paroxysme de la Shoah, a donné de l’ampleur au mouvement sioniste. La population de un (1) Juif pour dix (10) Arabes en 1918 passe à un (1) Juif pour (2) Arabes en 1948. Pourquoi ? Suivez mon regard…

Le Royaume-Uni qui administrait la Palestine depuis 1920 sous mandant de la Société des Nations (SDN), a fait face à des conflits de plus en plus violents entre Arabes et Juifs palestiniens, sans pouvoir concilier les deux parties. Il a dû finalement annoncé en février 1947 son intention de remettre son mandat à l’ONU. (Il a eu chaud, Lol !)

Le 29 novembre de la même année, l’Assemblée générale de l’ONU adopta la résolution 181 qui a prévu le partage de la Palestine :

– En un État juif et,

– En un État arabe.

Mais celle-ci ne sera jamais appliquée. Mais que dis-je, elle le sera partiellement.

Il faut rappeler que l’histoire a fourmillé de nombreux réveils de ce genre aboutissant à la création de nouveaux Etats ou à des frustrations qui dégénéraient en violence.

Tenez par exemple :

– Le démantèlement de l’improbable Empire austro-hongrois, aussi multiculturel qu’hétéroclite, qui est réparti entre sept Etats à la fin de la Première Guerre mondiale.

– La dislocation de l’URSS et l’accession à l’indépendance de la plupart des républiques la composant.

– L’éclatement de la Yougoslavie à partir de 1991 en plusieurs Etats-nations : Croatie, Slovénie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Macédoine, Kosovo.

– La réunification de l’Allemagne.

– Les mouvements séparatistes en Ukraine.

Le début d’un conflit israélo-palestinien.

L’indépendance de l’Etat d’Israël, « État juif » dans la Palestine, a été proclamée le 15 mai 1948 par David Ben Gourion (1886-1973). Cette proclamation déclencha la Guerre israélo-arabe au cours de cette année. Un exode massif des palestiniens s’opéra entre 1947 et 1950. On pouvait compter 700 000 à 750 000 personnes sur un total de 900 000, majoritairement vers la Jordanie, le Liban et la Syrie.

Depuis, sa création, l’histoire d’Israël et de ses voisins n’est qu’une suite quasi-ininterrompue de guerres ouvertes, de révoltes, d’actes de terrorisme, d’intifada, d’annexions, d’implantation de colonies, de tirs de roquettes, de représailles, de représailles anti-représailles, etc… (Bien triste tout ça !)

Ce qu’il faut comprendre.

Ce que les diplomates de l’ONU avaient oublié entre 1947 et 1948, lorsqu’ils ont permis la création de l’Etat juif, c’est que l’approbation et le ressenti des peuples ne se décrétaient pas. Que ce soit une organisation internationale comme l’ONU, un empire, une dynastie ou bien un régime totalitaire. Lorsqu’on redessine une carte de géographie sans l’assentiment des peuples, d’un jour à l’autre, ceux-ci se révolteront pour retrouver leur dignité qu’ils considéreraient comme bafouée. (Rien de bien surprenant hein ! C’est la fièvre du moment.)

Le moteur structurant de ces peuples révoltés et qui aspirent à l’indépendance peut être la langue, la religion, la culture ou un critère ethnique qui de surcroît, se transmet de génération en génération.

Ce qu’il faut retenir.

C’est une forme de romantisme appliquée à la géopolitique, à la nation : le nationalisme romantique où sont exacerbées les caractéristiques et l’histoire communes du groupe. Cette conscience qui vient de la cour, ce romantisme si prompt à séduire les foules après quelques beaux discours enflammés est à l’opposé de la raison, si longue à s’implanter (Cf. la construction de l’Union européenne) et qui est balayée à la première bouffée nationaliste.

On est très loin de l’universalisme en politique qui affirme que tous les groupes humains ont une nature commune et que par-delà les différences biologiques et culturelles, il existe une unité fondamentale du genre humain. C’est faux tout ça !

Pourquoi ? Regardez le monde par vous-même et déduisez !

En raison du véto des Etats-Unis au conseil de sécurité de l’ONU, l’Etat palestinien n’a toujours pas été accepté comme Etat membre de l’ONU. Mais toutefois une brèche s’est ouverte par une reconnaissance de l’UNESCO le 31 Octobre 2013.Depuis cette date, les Palestiniens peuvent se targuer d’une première victoire diplomatique d’importance: la Palestine fait désormais partie des 195 États membres de l’Unesco. La résolution d’admission a été votée lundi à Paris lors de la Conférence générale de l’agence par 107 voix pour, 52 abstentions et 14 voix contre. Elle franchit ainsi largement le seuil requis des deux-tiers de pays présents votants (les absents et les abstentionnistes sont considérés non-votants). Ne reste plus à la Palestine qu’à signer et ratifier l’Acte constitutif de l’Unesco à Londres pour rendre son admission effective. Une formalité a priori.

Crédit image : AFP
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Sur les 173 pays qui ont pris part au vote, 107 – dont la France, la Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde, l’Afrique du sud et la Belgique – ont voté pour; 52 – parmi lesquels le Royaume-Uni, l’Italie, la Pologne, le Danemark, le Japon, la Corée du Sud, l’Ukraine et la Suisse – se sont abstenus. Et 14 – dont les États-Unis, l’Allemagne, Israël, le Canada, la Suède et les Pays-Bas – ont voté contre.

A l’heure actuelle, il est difficile de concilier les deux parties puisque leur intérêts semblent contradictoire. Je n’entrevois donc que deux solutions possibles, faisant appel à la raison, pour y parvenir :

– Que les peuples israéliens et palestiniens (et accessoirement arabes) adoptent les principes de la laïcité, c’est-à-dire du vivre ensemble, dans le même Etat, la religion restant dans la sphère privée et la culture ancestrale remisée au second plan,

ou bien

– Que les Juifs, lassés de vivre dans une insécurité permanente, décident d’eux-mêmes de quitter Israël et rendant leurs terres aux palestiniens. (Chose improbable. Ne me crucifiez donc pas !)

Pourquoi une reconnaissance de la Suède maintenant ?

C’est l’épineuse question à laquelle il serait difficile de répondre. L’initiative a été saluée par le président palestinien comme « courageuse et historique » mais considérée « malheureuse » par Israël.

« Le gouvernement suédois a considère que les critères de droit international pour une reconnaissance de l’État de Palestine sont remplis : il y a un territoire, une population et un gouvernement. » C’est dans ces termes que la chef de la diplomatie suédoise Margot Wallström a motivé la décision de Stockholm, en ajoutant : « J’ai peur que [cette décision] vienne plutôt trop tard que trop tôt. »

Un motif de satisfaction pour l’autorité palestinienne. Le président Abbas a salué la décision de la Suède en la qualifiant de « courageuse » et d’« historique ». Un motif de mécontentement pour Israël. C’est une « décision malheureuse, qui renforce les éléments extrémistes et la politique de refus des Palestiniens », a déclaré le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman.

En cette date du 3 Novembre, Israël a annoncé la construction de 500 logements.

L’Etat d’Israël existe depuis près de 66 ans et n’est toujours pas accepté par les peuples palestiniens et arabes. Et cela pourrait durer longtemps. Les Juifs, eux-mêmes, ont su être patients pendant XIX siècles, après avoir été chassés de Jérusalem par les Romains.(Cf. La Bible) Comment donc, dans la configuration actuelle de cette région du monde, redessinée en 1947 sans l’accord des deux peuples, réussir à assoir une paix durable ?

Bien à vous !

2 thoughts on “Une reconnaissance audacieuse de la Suède.

  1. Je vois je vois, Excellent billet. Et tu part d’un très bon sentiment à propos de ce peuple injjustement martyrisé qu’est le peuple palestinien.
    Du reste, j’ai qu’un seul ouvrage à te suggérer pour nuancer un peu avec certains points de vue: « La controverse de Sion » de Douglas Reed, en libre téléchargement sur internet d’ailleurs.
    Voire même « Histoire juive, religion juive – le poids de trois millénaires » d’Israël Shahak.

    1. Merci d’être passé par ici, frère !
      Je vais chercher le livre en question et revenir à toi pour mon appréciation.

      Mes amitiés !

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