Miss Togo : « ancienne sort, nouvelle reste »

Crédit : facebook.com/pages/Misstogo/
Crédit : facebook.com/pages/Misstogo/

A part la présidentielle, l’autre élection qui fait grincer des dents, c’est l’élection dite de la fille la plus pétrie d’intelligence et de beauté du Togo, Miss Togo. Un scrutin organisé par des vieillards aux tempes grisonnantes.

Que le titre de ce billet ne vous paraisse pas étrange comme l’annonce sur un plateau de télévision que Robert Mugabe lui-même déclare autoriser la légalisation du mariage gay dans son pays. Il n’a rien de mystérieux encore moins d’énigmatique, ce titre. Attendez que je vous rafraîchisse la mémoire.

Vous vous rappelez quand on était enfant… on avait l’habitude de manger du riz, du couscous, du spaghetti ou de la pâte et parfois on constatait que nos repas étaient souvent servis avec un certain déséquilibre, quelques grammes de moins que celui de notre frère. Surtout, il n’était pas question de se permettre une réclamation auprès de notre mère ? Sinon la claque ? On se lançait dans cette compétition « ancien sort, nouveau reste » qui consiste à trouver de vous deux, vous et votre frère ou ami, celui qui mange le plus vite. Ça ne s’arrête pas là. Ensuite, libre à ce dernier de manger dans le plat de celui qui n’a pas réussi à finir son plat en temps record.

Le premier qui finit le sien a le droit de manger chez l’autre qui est à la traîne. Ce jeu a quelque chose de malsain, il autorise celui qui veut être premier à déployer toute son énergie, comme dans un combat de boxe où vous avez pour adversaire Mike Tyson, pour vite finir son plat de sorte à se délecter de celui de votre second.

Il y a une certaine similitude avec la messe de la beauté togolaise qui par excellence permet annuellement de choisir une reine communément dénommée Miss.

Contrairement à l’année dernière où je m’égosillais dans l’idée qu’il faut être dans le secret des dieux pour savoir sur quels critères les organisateurs de la messe de la beauté togolaise nomment la Miss, cette année j’ai découvert comme beaucoup de Togolais qu’il suffit d’être une ancienne candidate récidiviste pour être retenue. D’où le rapprochement avec l’idée d’être une ancienne qui est consacrée Miss et d’une nouvelle candidate qui occupe la place que cette dernière laisse. L’ancienne qui sort, c’est celle qui est couronnée. La nouvelle qui reste, c’est celle qui garde la première place sur la liste d’attente des candidates de l’année suivante. C’est-à-dire que la première dauphine de l’année 2013 a été désignée Miss Togo 2014. La jurisprudence a été confirmée par la désignation de la première dauphine de l’année 2014 comme Miss Togo 2015. Comme vous pouvez l’imaginer on se demande déjà si la première dauphine de cette année n’est pas prédestinée à devenir la Miss Togo 2016. Est-ce qu’on est pour autant des voyants ou des sorciers ? Mais non. On est juste plus intelligent que ces organisateurs qui pensaient que nous ne découvrirons jamais leurs combines.


Quand la cupidité s’y mêle…

On soupçonne souvent ces organisateurs de désigner la plupart des filles en contrepartie de coups de reins. Mince ! Je m’égare. Malgré les critiques et les opinions négatives, les concours de beauté ne cessent d’’attirer les jeunes filles. Il y en a de plus en plus avec des noms tout aussi biscornus que ceux de leurs pommades et saugrenus comme ceux de leurs mèches. Si ce n’est Miss vierge, c’est Miss plage, c’est Miss vacances, c’est Miss ronde ou Miss discothèque.

Pour celles qui y participent, c’’est l’’occasion rêvée de tenter de se démarquer et de se faire remarquer, d’’une manière ou d’’une autre, qu’importe le prix. Comment peut-on encore accepter au XXIe siècle de s’exposer in « naturalibus » en pleine place publique devant le regard appétissant d’un public n’attendant que de saliver sur votre nudité et d’un autre n’attendant que de jeter une pluie d’injures sur vous ?


Lorsqu’’elles sont interrogées, certaines candidates confient vouloir ne servir que des causes nobles. Balivernes ! C’’est un moyen pour elles de se faire un nom, de se faire quelques contacts et de profiter des privilèges et avantages associés aux couronnes.

Il y a une intoxication tant intellectuelle que sociale véhiculée par l’idée d’offrir par le biais d’un concours une aisance aux filles. Ce qui oblige ces dernières à plonger dans la dépigmentation, le zèle sexuel, la soumission pour plaire avant tout aux promoteurs, aux organisateurs et ensuite aux spectateurs, aux téléspectateurs.


Quand la passion et les réseaux sociaux s’y mêlent…

Dans cette élection de Miss Togo, il y a eu un débat on ne peut plus désagréable sur les réseaux sociaux notamment Facebook et Twitter. Déjà après la présélection, il y avait un bourdonnement autour de la page Facebook du comité Miss Togo. Un avant-goût ! Un babillage de commentaires autour des photos des candidates. Des commentaires parfois tendres, parfois méchants. Ce n’est pas la cérémonie elle-même qui pouvait en faire exception. Les prestations médiocres des candidates ont définitivement sacralisé l’intention des internautes.  

Il y a même eu des faux comptes spécialement créés pour l’occasion. Et derrière ces comptes, des personnes certainement à la moralité douteuse. (http://twitter.com/misstogo2015)

Ceux-là qui n’aiment pas comprendre, qui essayent de ne pas suivre la foule, se perdent dans des théories conspirationnistes ou « complotistes » dont l’enchevêtrement complexe est à la hauteur de leur pseudo lucidité. Et plus ils interagissent sur les tweets ou les statuts, plus ils ne réfléchissent plus, plus ils débitent des absurdités frisant même l’insulte, et plus les internautes se disent victimes de la plus brillante manipulation de tous les temps. Celle qui n’autorise aucune critique, qui n’a de limite que dans le musellement.

Avec la désignation de l’ancienne première dauphine, doit-on comprendre qu’en un an on n’a pas trouvé une fille qui pouvait faire mieux qu’elle ?

Ce billet n’est ni une semonce ni une admonestation. Il relate juste un constat fait par un simple citoyen devant et sa télévision et son téléphone. Après tout, qui suis-je pour faire des sermons ? Est-ce que je résisterais à l’idée de faire d’un concours national un héritage personnel annuel ? Est-ce que j’ai déjà tenu dur comme un concombre un projet de grande envergure nationale ? Que nenni.

Bah, oui, qui va se négliger dans cette vie misérable et si courte ? Ce n’est pas moi. Encore moins Baka et tout le comité derrière l’organisation du concours.

En attendant, l’ancienne est sortie, la nouvelle est restée. On en fait quoi ? On s’entraîne avec ses hanches non ?

Bon mois de septembre à toutes et à tous.

Bien à vous !

3 thoughts on “Miss Togo : « ancienne sort, nouvelle reste »

  1. N’a ton pas trouvé autre moyen de designer la plus belle fille de la nation que de faire ces filles se deshabiller presque? Certaines avec leur niveau intellectuel, se rabaissent pratiquement et c est critiquement defavorable!!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *