Guillaume DJONDO

De l’église et de ses bavures

Crédit : photos-neuch.net
Crédit : photos-neuch.net

Dans un billet récent, un ami et grand-frère camerounais, Will Fonkam, retenait mon attention sur le fait que je sois excessivement rigoureux avec les églises du 21e siècle. Et un peu trop admirateur de l’Eglise catholique. J’aurais aimé lui dire directement en commentaire : mais Will, qui t’a menti comme ça ? Tant s’en faut. Si seulement tu savais… Mais, comme j’ai deux pieds gauches, j’ai préféré prendre les choses avec des pincettes et faire un développement plus approfondi, avec mon ami Renaud, que vous verrez ici.

Il y a un constat que nous faisons tous dernièrement, c’est que les églises poussent comme des champignons partout dans nos villes. Dans le quartier Adidogomé-Amadahomé par exemple, j’en ai 13 dans un rayon de 500m. Et c’est sans compter le nom qu’elles ont : église les boucaniers du Christ, église l’armée de midi, église le feu qui brûle, église la puissance destructrice, église la nouvelle voie, ministère du Dieu vivant, ministère de l’évangélisation des derniers temps, etc. Et nombreux sont les hommes habiles qui viennent y prêcher. Les femmes qui viennent s’abreuver, s’y restaurer, y jouer, y parler, réfléchir et exister.


De « gré » ou de « force »

Ce qui est étrange c’est que toutes ces églises que nous voyons aujourd’hui, sans exception aucune, ne sont que des ramifications de l’Eglise catholique. C’est elle l’église mère, je l’ai dit et j’assume.

L’Eglise catholique, celle qui a tout reçu de Rome, de ses divinités, de ses appellations, de ses préceptes et de ses dogmes. C’est Rome qui a entraîné et alimenté la cécité spirituelle que nous connaissons aujourd’hui.

Quoiqu’on dise, c’est un copier-coller qui est fait par les nouvelles églises. Et c’est un peu ça que je déplore dans le monde actuel. On copie un peu, on vient modifier. On modèle, on module et on dit qu’on a la meilleure église. C’est un peu comme ça que le monde religieux a été créé depuis. De subterfuge en subterfuge, de dissimulation en dissimulation, de falsification en falsification au point de nous embrouiller pour mieux avoir la main mise sur nous. Tsuip ! Vous voulez comprendre ? Bien que trop fictif, je vous recommande quand même Dan Brown et Borgia, bonne lecture…

L’église dont je vous parle est un coin tranquille. Celle qui accepte tout et ne refuse rien. C’est celle où se dissimule beaucoup d’esprits malveillants : sorcières et sorciers, femmes adultères, maris infidèles, jeunes filles frivoles, jeunes garçons braqueurs, prêtres pédophiles, etc.


Cette église « Open bar »

Si on reproche, souvent à juste titre, à la nébuleuse de mini sectes candidement appelées « églises éveillées » d’être excessivement intrusives et dirigistes vis-à-vis de leurs fidèles, on peut par contre dire que dans l’Eglise catholique, c’est open bar. « Elé hounhoun Gbadjaaaaaaaaa ». En gros, chacun fait comme il le sent.

Que l’on soit un catholique intégriste, un catholique du dimanche ou encore un simple catholique culturel (comme un certain Renaud), on s’accorde à dire qu’un peu plus de fermeté sur certains points ne ferait pas de mal. La citation c’est « une main de fer dans un gant de velours », et non « une main de velours dans un gant de velours »

Il est tragique de le reconnaître, mais les fidèles sont faits pour être dirigés (d’où l’omniprésence de la métaphore du berger et de son troupeau). Ils ont besoin de guide, surtout quand il s’agit du spirituel. C’est pourquoi beaucoup perdent pied dans un système devenu aussi laxiste, et ce pour se tourner vers d’autres « structures » qui offrent un degré acceptable de « rigueur ». C’est proprement fascinant.

Le début de tout ça, c’est Vatican II. À partir de ce concile, nous sommes allés de « modernités » en « modernités ». L’église a fait son aggiornamento et semble s’être diluée dans une espèce d’universalisme frelaté et niais, qui ne  laisse aucune place à la fermeté. On n’y comprend plus grand-chose.


Cette église « spéculative »

Le monde d’aujourd’hui est tel qu’en principe, notre croissance spirituelle doit croître au même rythme que notre croissance physique. C’est seulement de là que naîtra l’unicité dont nous parle tant le Christ. Mais avec l’Eglise catholique on ne constate que le contraire. Les gens grandissent physiquement mais sont des nains spirituels au point d’être vulnérables à toutes les formes d’attaques. Peu s’adonnent à de véritables prières en dehors du cadre formaliste de l’église. Il y a des groupes certes, mais les gens ne s’y fient pas trop. Ceci justifie aujourd’hui pourquoi beaucoup quittent les églises formalistes : catholique, protestante,  pour les églises « éveillées, réveillées ». Hihihi… Ils aiment bien les « dangerous prayer ». Vous n’avez pas dit que vous êtes un esprit malin ? Fire… Venez encore !

J’ai ouï-dire que les catholiques perdent facilement les combats spirituels. Qu’à force de réciter le « Notre Père » et le « je vous salue Marie » leur vulnérabilité est de plus en plus grande. Que la tendance recommande de prier dans le « parler en langue » parce que Satan parle toutes les langues de nos jours. C’est drôle, mais sur cette question, je suis de ceux qui pensent que Dieu n’est pas sourd et que prier à haute voix en criant, c’est sous-estimer sa capacité à nous entendre. Le Créateur n’est pas sourd, ma parole !


Cette église « ONG »

Des actes de bienfaisance par ci, les déclarations humanistes du Pape par là… Tout porte à croire que l’église est devenue une ONG. Une gigantesque ONG de plusieurs centaines de millions de membres.

Quant aux positionnements du Pape sur des sujets comme l’avortement ou encore le mariage homosexuel… #WTF c’est une aberration. Vouloir trouver le juste milieu à toutes les questions sensibles entraîne un vagabondage spirituel des fidèles. Il n’y a jamais de position tranchée. On fait tout pour ne pas perdre les fidèles. On aurait presque dit que c’était des clients qu’on ne voudrait absolument pas voir partir.  Alors on leur donne l’impression de les comprendre et qu’ils ont leurs mots à dire. On cède à tout et tout de suite pour ne pas les frustrer. On fait quoi des convictions morales ? Des principes religieux ? Des 10 commandements ?

Se réduire chaque fois aux caprices des hommes en négligeant les recommandations du Tout-Puissant ne nous entraîne-t-il pas vers l’abîme ? Vous comprenez mieux pourquoi je disais que comme une fille sur le trottoir de Déckon, l’Eglise catholique accepte tout et ne refuse rien ?


Cette église d’ « en haut » et celle d’ « en bas »

Pédophilie, blanchiment d’argent, trafics en tout genre… L’église d’en haut ne fait pas rêver. Enfant, on a toujours considéré les prêtres comme des modèles d’intégrité et de réussite. Ce sont les nombreux scandales imputables à leurs personnes qui ont fait s’effondrer cette vision des choses.

L’église d’en bas ne fait pas non plus rêver. C’est celle des pauvres, des âmes perdues, manipulées, sensibles et souvent incontrôlables.

Le Vatican, notre « Banque »

On ne va pas se mentir, l’Eglise catholique apostolique et romaine est une des plus puissantes institutions du monde. C’est aussi une des plus riches et hypocrites… Quand on sait ce qu’est la vie de « l’église d’en bas », c’est à se poser des questions. Est-ce que le Pape serait d’accord pour « un peu plus » de charité chrétienne ? #Jedisçajedisrien

Au-delà de ces bavures, de ces erreurs, et autres, je suis très fortement attaché à l’Eglise, car malgré tout, elle est, reste et demeure la mère des églises, celle qui, de notre point de vue, se rapproche le plus du message du Christ, aujourd’hui encore. Celle dans laquelle nous avons été moulés, complétés en tant qu’humains… C’est une mère d’une certaine façon. Et on ne saurait renier une mère!

Cela dit, rien ne m’empêche de m’ouvrir aux autres églises. Les fréquenter, y apprendre et y enseigner. A partir d’une mauvaise idée, on peut très facilement trouver la bonne, dit-on. Il faut écouter partout parce que personne ne détient la science infuse sur terre. L’essentiel est de faire usage de sa raison pour distinguer le vicié du véridique. Je ne suis pas un de ces fidèles borgnes, endoctrinés, murés et emmurés qui accepte tout. Comme tu l’as constaté Will, j’ai pu très facilement dire ce que je pense sincèrement de l’église catholique dont je ne dirai pas être un admirateur.

La guerre que nous connaissons aux églises aujourd’hui est une guerre d’émotion avant d’être spirituelle. Si quelqu’un arrive à prendre le contrôle de vos émotions, la peur, la joie, la tristesse, la surprise, la colère, souffrez qu’il vous manipule telle une marionnette. Il y a une totale confusion entre l’émotionnel et le spirituel. On y reviendra…

Dans la manipulation des autres, les hommes sont toujours complices, même si cela implique des supplices. Aux dernières nouvelles, il y a maintenant 15 églises dans mon quartier. Deux se sont ajoutées à la liste. Hébaaa… Allons seulement !

En attendant que je me décide à vous raconter l’histoire de ce petit garçon qui clopinait, avançait, transbordait du religieux au purement spirituel, se fit une raison pour être un jour comme tout le monde. Trop curieux et trop impertinent, il est plutôt considéré comme une source de mauvaises ondes, portez-vous bien.

Bien à vous !

 

Légende :

1– Aggiornamento : terme italien désignant adaptation.

2– WTF : what the fuck.


A cœur ouvert

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Lettre à Maman,

Aujourd’hui, c’est le 31 Mai et j’aimerai que tu me reviennes en riant, en disant que tu n’es pas partie, que ce n’était qu’une blague. Tout à fait ton genre, une blague drôle et douloureuse, un humour que tu m’as transmis avec des intonations douteuses. J’aimerai me dire que tu es là, juste derrière la porte, en train de te retenir de pouffer pour ne pas te faire remarquer, que tu attendes que je me mette à paniquer pour débouler puis me prendre dans tes bras et serrer, serrer mon petit cœur qui s’est délavé pendant toutes ces années.

Aujourd’hui, ce n’est ni ton anniversaire de vie, ni ton anniversaire de mort. C’est un peu la fête des mères. Mais devrais-je attendre des occasions pour t’aimer encore ?

Tu sais, pleins de choses ont changé depuis ma dernière lettre.

D’abord, j’ai rencontré une fée, un petit ange qui me fait vibrer. Je crois bien que je me suis mit à l’aimer comme tu me l’avais conseillé : de toutes mes forces. Ce n’est pas que je l’ai choisie, non. Elle s’est installée et a pris le contrôle de mes émotions. Tu l’aurais sans doute adoré, elle est belle, drôle, intelligente et susceptible. Exactement le genre de personne à qui tu adores faire tes petites farces.

Ensuite, je me suis remis sur pied, je suis moins perdu et surtout un peu moins triste, j’ai compris que si tu es partie, c’est surtout parce que je devais grandir. Maintenant que je tourne le dos au passé, je ne vois que l’avenir. J’ai évidemment toujours ce pincement au cœur quand je me lève le matin, un petit goût de rancœur, puis je reprends mon chemin, je me dis que tu me vois, ça me rassure. Du coup, je donne le meilleur de moi, je te l’assure !

Et puis quand je me ballade, j’aperçois souvent ton visage, dans un coup de vent filtré dans les feuillages, je reprends vie et je me sens en phase, je crois que je suis prêt à avancer sans ton aiguillage.

C’est toujours un peu douloureux de me dire que tu ne verras jamais mon premier bambin, et aussi les quelques réussites que je tiendrais très fort en main. Je me dis aussi que tu ne reviendras jamais demain, et que je devrai cesser de faire ce rêve de gamin.

Parlons-en, de mes rêves : tu es éternelle et me poursuis sans trêve, je te vois toutes les nuits, parfois en cauchemars, parfois en harmonie, qu’importe, quand je me réveille, je me sens un peu en vie.

Je sais que tu te demandes pourquoi j’écris tout ça ici, aux yeux de tous, alors que tu détestes qu’on se découvre au monde et qu’on se donne en offrande aux dessins des immondes. Mais moi je m’en fiche, j’aimerai que la terre entière sache comme je t’aime, comme j’ai choisis le bonheur à la haine, comme je souris à la peine, parce que ta leçon n’a pas été vaine. Je me dis que je suis en veine, parce que tu es partie de ma vie de chienne, et malgré ça j’attends toujours que la chance vienne.

J’ai appris grâce à toi que si les difficultés existent, c’est pour nous tester et que si je survis c’est que j’ai gagné, baisser les bras c’est apprendre à perdre, et si j’ai beaucoup perdu il me reste encore à perdre… encore.

Alors, aujourd’hui, j’ai ouvert la porte une 7ème fois le trente-et-un Mai et j’ai de nouveau constaté que tu ne te cachais pas derrière, mais je n’ai pas pleuré, non. Je me suis mis à rire de toutes mes forces en observant l’horizon, je me suis remis à marcher en chantonnant parce que je savais que tu étais toujours là maman, dans mon cœur et ses tréfonds.

Beaucoup disent qu’on a qu’une mère. Mais c’est faux. On en a quelques fois plusieurs tout haut. celle de cœur, et celle de sang. Qu’importe, tu as été, tu es et tu resteras toujours une mère pour moi.

Ton Guillaume chéri, je t’aime.


De l’esprit de violence

Crédit ; cafemusique.wordpress.com
Crédit ; cafemusique.wordpress.com

Un constat est souvent partagé dans la plupart des capitales africaines : c’est que l’élection présidentielle est toujours source de conflit. De Lomé à Conakry, de Dakar à Libreville, de Niamey à Cotonou, De Nairobi à Abidjan, de Lagos à Kinshasa, de Bujumbura au Caire, de Nouakchott à Bamako des heurts sont toujours remarqués avant, pendant et après les élections. La question qu’il faut se poser est de savoir pourquoi ?


De la mandature

La limitation de la mandature et son respect est une des questions sensibles communes qu’on peut constater chez tous les peuples. Le Burkina Faso en est une illustration incontournable depuis octobre 2014. Certains Etats plus avancés en matière démocratique l’ont déjà insérée dans leur constituant. D’autres sont à la traîne en raison des systèmes politiques en présence. Le Togo en est un exemple vivant. Mais le Burundi l’est encore plus si l’on regarde bien l’actualité de ces dernières semaines.

En réalité, les mutations qu’a connues l’Afrique de la période coloniale aux années d’indépendance, puis des années après indépendance aux années marquées par le vent de la démocratie ont profondément changé les habitudes des filles et fils du vieux continent. Un soudain attachement aux idéaux de liberté, d’état de droit, de démocratie, de droit de l’homme est constaté partout sur le continent. Les périodes monarchiques sont très vite abandonnées au profit des périodes de changement et d’alternance.

Un dédain est observé pour les systèmes politiques et les dirigeants qui tendent à s’éterniser au pouvoir. Entraînant par là même la prise de pouvoir par l’armée qualifiée de coups d’Etat constitutionnel. Au mieux ils se passent avec une transition entre l’armée et les civils, et des condamnations des institutions internationales comme l’Organisation des Nations unies, l’Union européenne et l’Union africaine. Au pire, ils entraînent des guerres civiles entre l’armée loyaliste, les putschistes, et les mouvements de rébellion qui volent de trêve en trêve, d’accord en accord et ne finissent presque jamais.

C’est une triste chose de voir que la nature parle à nos dirigeants, mais qu’ils ne l’écoutent point. Faure Gnassingbé et Yaya Jammeh sont certainement en passe de se confronter à leur peuple tôt au tard sur la limitation de leur mandat ou sur sa perpétuation. La sauvegarde de la démocratie boiteuse à l’africaine que nous connaissons depuis quelques années en dépend.


De la crédibilité

Beaucoup de citoyens lorsqu’ils sentent que l’organisation d’un processus électoral souffre de crédibilité, sont tout de suite dans une frustration qu’ils laissent apparaître par des mouvements de rue. N’est-ce pas que le pouvoir originel appartient au peuple ?

La crédibilité se déduit d’un certain nombre de facteurs, la mise en place des organismes de gestion électorale, sa composition, le bon fonctionnement et la mise à disposition suffisante des matériels, l’indélébilité de l’encre, la présence de représentant de tous les partis politiques, etc.

La composition des instances de supervision et de proclamation des résultats est encore plus déterminante dans la satisfaction des citoyens. Parce qu’elles portent en elles, la question de transparence et d’apaisement. Très souvent c’est à ce niveau que se posent des problèmes. D’abord au niveau des commissions électorales chargées de la collecte et de la proclamation des résultats provisoires, puis ensuite au niveau des cours constitutionnelles censées recevoir les recours en contestation et proclamer définitivement les résultats.

Mais depuis un moment l’usage de la violence gratuite semble de plus en plus être annihilé par leurs croyances et leur foi en un processus démocratique exempte de vice. Quoi qu’on en dise, la violence gratuite ne résout souvent rien. Elle n’entraîne que de l’instabilité. Par contre la violence raisonnée est très souvent porteuse de fruits. Il suffit de se tourner un peu vers le Burundi pour comprendre que ce sont les dirigeants, isolés, têtus, dans leur inique projet de conservation du pouvoir et dans leur quête effrénée à s’éterniser sur le trône qui font plus usage de la violence. Et comme l’homme porte en lui les stigmates de la rébellion, les peuples s’opposent à cet état de choses par la violence.

En principe, la démocratie est la meilleure des dictatures. Elle donne l’impression au citoyen d’avoir son mot à dire, ce qui l’empêche de se révolter. Beaucoup de nos dirigeants ne savent pas en faire usage. C’est donc l’autre face de la dictature si on voit bien ses effets à la loupe.

Retenez que l’un n’est pas différent de l’autre. Parce qu’en définitive, la dictature, c’est ferme ta gueule et la démocratie, cause toujours !

Bien à vous !


Endoctrinement et amour

Crédit: actusen.com
Crédit: actusen.com

Paix et fraîcheur sur vous, lectrices et lecteurs.

Oui, fraîcheur ! Vous êtes surpris ? Il fait terriblement chaud sous les tropiques dernièrement. On se demande qu’est-ce qu’on a bien pu faire au bon Dieu pour qu’il fasse de la terre un four à ciel ouvert. Enfin, je me demande si ce n’est pas plutôt le contraire. Si ce ne sont pas les terriens eux-mêmes qui font de leur planète un four à ciel ouvert. Certains vont tout de suite penser à la problématique de l’environnement. C’est vrai mais ça reste un peu trop physique. Moi, je vois au-delà. Je me demande si ce ne sont ces faux-pasteurs et ces politicards fieffés qui en sont la cause. Une chaleur comme ultimatum, punition de Dieu ?

Est-il qu’il ne fait pas du tout bon vivre en Afrique ces 15 dernières années. Entre ces dirigeants avides de pouvoir et ces pasteurs âpres d’argent, difficile de trouver des interstices pour avoir l’esprit épanoui. Très difficile. Enfin, je parle pour moi.


Entre miracle et déception

Dans un billet récent, je parlais de ma propre expérience. Je vais faire mieux cette fois, élargir le débat en parlant de mon entourage.

1- Il y a un ami, Elom, que j’ai toujours connu chrétien. Qu’il pleuve, qu’il fasse chaud, qu’il neige, il est toujours à l’église. « Contrairement à certains de mes amis, ces sacrifices m’ont permis de décrocher un boulot avec une rémunération bien garnie. » m’a-t-il dit fièrement.

Sentant le besoin de fonder une famille, il n’a eu d’yeux que pour cette sœur de son église, Enam. C’était une amourette intense, qui avait reçu la bénédiction de toute sa communauté religieuse. Bénédiction qui n’a pas fait long feu parce que craignant des troubles lors de ce processus électoral qui vient de clore, il avait décidé d’épouser Enam dans le courant du mois de mars 2015.

Dot, cérémonie traditionnelle, cérémonie à l’état civil, cérémonie religieuse. Tout était prévu pour le 14 et le 15 mars 2015. Mais, il a fallu que le pasteur refuse le soir du 13 mars 2015 d’honorer de sa présence à l’union civile des deux fidèles pour tout remettre en cause. Il se justifiait de ne pas avoir reçu l’onction divine pour célébrer l’union religieuse le lendemain. C’était triste !

Frais de carton d’invitation, frais de réservation, frais de collation, etc. tout était investi pour que dalle. Et tout ça c’était sans compter la situation financière d’Elom. Le peu d’économie qu’il avait fait était parti en fumée. Et simplement parce que le pasteur a opposé un refus à leur union sous prétexte que c’était une union hâtive. J’aurais aimé dire « longue vie à la rébellion » mais, l’inertie, l’indécision et l’adulation d’Elom et d’Enam pour leur pasteur leur a contraint à se résigner. C’était une pilule amère mais ils l’ont avalé quand même.

Deux semaines après une dame, se présente dans cette même église comme quoi elle aurait reçu la révélation de ce qu’Elom devrait plutôt épouser sa fille Kafui. Et que Dieu serait en colère si il allait contre sa volonté et épousait Enam. Confu, Elom ne sait plus quoi faire. Est-il que le pasteur a donné du crédit aux dires de la mère de Kafui. Une partie de la paroisse y a cru aussi. Du coup, Elom ne sait plus s’il doit choisir Enam parce qu’il l’aime et qu’il a déjà demandé sa main. Ou qu’il doit épouser Kafui parce qu’une révélation lui dévoile que c’est elle qui lui est destinée. Soit !

 

2 – Une amie, Freya, m’a confié la peur de s’opposer à son pasteur, de quitter son petit ami parce que son pasteur le lui aurait demandé. Elle prenait petit à petit ses distances ce qui altérait sa relation avec René. Le truc est que René n’est pas de la même église que Freya. René est protestant alors que Freya est d’un ministère dont je tais le nom. Pour le pasteur il était inconcevable de voir René et Freya ensemble en raison d’une incompatibilité religieuse. D’une incompatibilité de mœurs, de vision, d’esprit et de foi. Mouf ! C’est encore quoi ça ?

Chose étrange, c’est que malgré l’intensité des sentiments de Freya pour René, elle l’a quand même quitté pour Joshua, un frère de son église.

Ces deux illustrations c’est d’abord pour vous faire mesurer à quel point l’endoctrinement au nom de la foi, du mystère divin, s’enracine au sein de notre société très facilement. Ensuite, c’est pour lever le voile sur la discrimination religieuse qui existe de nos jours entre les églises. Je ne vous parle pas de discrimination entre chrétien et musulman. C’est du dépassé ça ! Mais, je vous parle bien de discrimination entre chrétien et chrétien en ce 21ème siècle.

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé » a dit Jésus. Pourquoi devrions-nous donc nous aimer par affinité réligieuse ? L’amour doit-il être conditionné voire encadré ? N’est-ce pas le propre de l’amour d’être naturel et universel ?

Autant de question qui me prouve à moi, petit chrétien de son état et devant l’éternel que, ces églises qui conditionnent ce noble sentiment n’ont encore rien compris à l’amour dont nous parle la bible et Jesus.


Entre croyance et raison

L’église est devenue le lieu par excellence de manipulation. Au nom de la foi tout est permis. La difficulté réside dans le fait de faire usage de notre raison pour contester certaines décisions. Encore faut-il qu’on ait le cran qu’il faut. Si on est prêt à subir l’humiliation et la colère de toute sa congrégation. Ce n’est pas aussi aisé dans une société où on se préoccupe plus de ce que les autres pensent de soi. La foi doit-elle donc nous empêcher de faire usage de notre raison en toute circonstance ?

La foi selon la bible « c’est la ferme assurance des choses qu’on espère et une démonstration de celles qu’on ne voit pas. » Par contre, la raison « c’est la faculté par laquelle l’homme connaît, distingue et juge. »

De façon généralisée nous n’arrivons pas à trouver des interstices entre la foi et la raison. Pour certains, la foi est le dernier degré de la raison. En tant que tel, il ne peut y avoir d’opposition entre les deux. Pour d’autres la raison et la foi forment un couple indissociable parce que le Tout-puissant ne nous a pas légué l’intelligence pour que l’on chie avec. Ni créer le mystère pour que nous doutions de son existence. L’un doit toujours passer par l’autre.

Je pense que la foi qui s’oppose à la raison, c’est du fanatisme. La raison qui s’oppose à la foi, c’est du rationalisme. La vie par la foi réconcilie l’un avec l’autre. La raison n’est pas la foi, et la foi n’est pas la raison. Il y a entre eux les mêmes rapports qu’entre le naturel et le spirituel, entre l’impulsion et l’inspiration.

Statut whatsapp de @farida_biao le 15-03-2015
Statut whatsapp de @farida_biao le 15-03-2015

Quoi qu’il en soit, il y aura toujours une différence entre ce qui est dit, et ce qu’on fait. Puis, ce qui est dit, ce qu’on en pense et ce qu’on en fait.

Les réseaux sociaux et la religion sont les deux facteurs qui détruisent lentement les relations de nos jours. Faites attention à vous et à vos proches.

A très vite !


A cet amour trouvé

Crédit ; graffitilove.com
Crédit ; graffitilove.com

A cet amour trouvé,
A cette peine dissipée,
A cette illusion damnée,
Pour cette paix du cœur née.

A ce sourire illuminant,
A ce charme attirant,
A cet humour retenant,
Pour ce bonheur débordant.

A cette joie de vivre dodelinante,
A cette caresse excitante,
A cette bise rafraîchissante,
Pour ce frisson secouant.

A un visage angélique,
A une coiffure magnifique,
A une mine féerique,
Pour cette rencontre idyllique.


Ce classico électoral togolais

Rfi Election

Bien le bonjour à vous, lectrices et lecteurs.

L’élection présidentielle du 25 avril 2015 au Togo a connu un déroulement sans heurt majeur. Grosse surprise, le taux d’abstention a considérablement surpris plus d’un. On savait déjà que beaucoup s’abstiendraient à cause de l’ambiance malsaine qui règne sur la scène politique. Absence de réformes constitutionnelles et institutionnelles, non-mise en œuvre des recommandations de la Commission Vérité Justice et Réconciliation, ébullition du front social, échec d’une candidature unique et division de l’opposition. Mais pas une abstention atteignant un tel pourcentage, 39,01 %. Ce seuil, nul ne pouvait y penser. On pourrait donc en déduire un signal fort que les populations envoyaient aux politiques : vous nous fatiguez hein ! Changez de disc oooorh. On veut d’autres acteurs avec de nouveaux discours. C’est quoi même ?

Ce même scrutin a donné des airs de déjà vue comparable à un match de football, un classico entre Barcelone et Real Madrid. Barcelone étant le parti au pouvoir et Real Madrid, l’opposition. Enfin, représentée par Cap2015. (Combat pour l’Alternance Politique en 2015)


Un match aller

Faisons un bond un arrière. 5 ans précisément pour être pointilleux. L’élection présidentielle de 2010 avait un vainqueur connu et un vaincu reconverti. Le premier était Faure Gnassingbé, le président élu par le peuple (ce n’est pas moi qui le dis hein. Je n’ai pas voté pour lui) et confirmé par les institutions habilitées, la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), la Cour Constitutionnelle et l’O.N.U, l’U.E, la CEDEAO, les Institutions étrangères partenaires hypocrites du Togo. Puis, le président autoproclamé, le second Jean-Pierre Fabre.

C’est ainsi que la scène politique Togolaise s’est bipolarisée. D’un côté, un champion de l’entourloupe et du silence, de l’autre côté, un champion des marches et contestations.

Faure Gnassingbé, le Messi Togolais dans sa quête effrénée de pouvoir s’est assuré de dribbler tous ses adversaires politiques et de mettre à carreau tous ces alliés qui risquaient de le déranger. Entre temps son Iniesta, milieu de terrain très très offensif, Pascal Bodjona et son ailier droit David Villa, Kpatcha Gnassingbé, fils de son père, se sont retrouvés en prison.

En face, le Cristiano Ronaldo Togolais, Jean-Pierre Fabre en a profité pour accroître sa popularité et asseoir sa légitimité. Ceci est arrivé lorsque son ténor, Gilchrist Olympio a voulu entuber la population en ne déposant pas sa candidature pour les présidentielles de 2010 et en pactisant avec son adversaire de toujours, le parti au pouvoir contre lequel il a lutté après tant de sacrifices consentis, au prix de larmes, de sang et d’adulation de ses compatriotes. Sale traître-là !

C’est ainsi que de fil en aiguille, l’opposition radicale s’est subitement modérée. Anh, on ne coupe pas la main qui vous donne à manger. On ne l’insulte même pas. On ne fait que secouer la tête quand elle parle. La contestation laisse place à l’approbation. Et l’opposition dans l’ombre apparaît à la lumière et devient radicale.


Un match retour

15 Avril 2015 puis finalement 25 Avril 2015, date du scrutin. Le rendez-vous tant attendu par des milliers de Togolais soit pour l’alternance, mettre définitivement hors d’état de nuire celui qu’ils considèrent comme la source de leur misère au quotidien. Celui qui leur a offert 4 semaines de congé, enfin de campagne, après les 2 semaines dont ils ont bénéficié pour les congés de pâques. Misère qui les a obligés à faire campagne moyennant 2.000fr pour une journée, des t-shirts, des casquettes, des bons d’essence… Etc. (En savoir plus ici) Soit pour le changement dans la continuité, la poursuite des chantiers enclenchés, l’alimentation continuelle de la minorité riche, etc…

Le Messi Togolais est subitement devenu le « Miabé, Miablé ou Miagbé » partout sur toute l’étendue du territoire Togolais avec des slogans tout aussi pourri les uns que les autres. Lui qui ne parle que deux fois par an, le 31 Décembre et le 27 Avril, a subitement compensé ce vide silencieux par des apparitions aux côtés des élèves du primaire, des enfants malades, des médecins, des chefs d’entreprise, des jeunes diplômés… Etc. (Ne vous méprenez point. C’était que sur des affiches et des flyers magnifiquement conçus dans Photoshop). De Fauremidable, il est vite devenu Faureminable avec tout le remplissage visuel auquel il s’est prêté. Soit ! Après un vote dans l’accalmie, tous les Togolais retenaient leurs souffles quant aux résultats qui sortiraient des urnes. Pré-fabriqués ou fidèles ? On n’attendait de savoir ce à quoi on aurait droit cette fois.

 

Puis, la CENI donna des résultats dans une atmosphère de contestation et quelques heures seulement après que deux chefs d’états des pays voisins, John et Alassane Ouattara, vinrent proposer une solution de sortie de crise à la Kenyane à Jean-Pierre Fabre et à Faure Gnassingbé.

Les résultats donnés par la CENI ce soir-là même, disons-le, dans la précipitation sont entachés de beaucoup d’irrégularités. Taffa Tabiou, le président de la CENI, en les donnant sur le plateau de la TVT et après une irruption musclée du vice-président de la CENI s’indignant devant les caméras, s’est abstenu de lire les chiffres de certaines circonscriptions tout en les prenant en compte dans les totaux généraux. Vous comprenez quelque chose à ça ? Moi, non. Quel bon mathématicien il fait ce monsieur !  

 

Du coup, bis repetita. L’opposition unie dans Cap2015 représentée par Jean-Pierre Fabre contesta les résultats. Les autres candidats de l’opposition, Tchassona Traoré, Gerry Taama, Aimé Gogué, ne se sont pas fait priés avant d’aller dans le même sens. (J’ai entendu Christian Trimua, ministre près la présidence, dire sur une Radio ce matin que Tchassona Traoré, Gerry Taama et Aimé Gogué ont félicité Faure Gnassingbé pour sa réélection. J’ai ri !)

Le Cristiano Ronaldo Togolais estime avoir marqué un but cette année. Il a même publié des résultats selon la compilation des procès-verbaux de ses membres dans les CELI (Commission Electorale Locale Indépendante). Ce qui est surprenant c’est l’ardeur avec laquelle les médias internationaux, Africa24, Rfi et France24 ont repris les informations, sans des pincettes, ces derniers jours. Complot contre le peuple Togolais ?

En attendant un dénouement heureux à toute cette agitation, le Neymar Togolais, Gilbert Bawara, continue de faire son one man show.

Qui a gagné le classico électoral Togolais de cette année ? On ne sait plus.

Bien à vous !


Anselme crie, David l’écrit

Anselme Couverture

L’année 2013 a été marquée par deux grands événements au Togo : l’incendie des marchés de Lomé et de Kara, et la grève des agents de l’éducation. C’est dans cette période que le jeune collégien de 12 ans, Anselme Sinandaré, a été abattu par balle par un corps habillé togolais à Dapaong, au nord du Togo, au cours d’une manifestation d’élèves réclamant leurs enseignants en grève.

Ce décès précoce est survenu le 15 avril 2013, alors que l’auteur de cet ouvrage, David Kpelly était à Dakar avec un groupe de blogueurs de la plateforme Mondoblog de Radio France Internationale.

Le 18 avril, c’est-à-dire trois jours après le décès du jeune collégien, Anselme Sinandaré, le premier ministre togolais Arthème Séléagodji Ahoomey-Zunu, répondant aux questions de Christophe Boisbouvier dans « Afrique matin », a dans un excès de zèle promis que toute la lumière sera faite sur cet assassinat crapuleux. C’est cette promesse qui a fait naître ce livre, un condensé de 12 lettres ouvertes publié chaque mois pour rappeler au premier ministre togolais, Arthème Séléagodji Ahoomey-Zunu, sa promesse.

Dans une écriture alternant entre naïveté et humour, indignation et émotion, ironie et moquerie, impertinence et provocation, le recueil « Pour que dorme Anselme » publié chaque mois sur Internet entre la période du 18 avril 2013 au 18 mars 2014, par l’auteur, David Kpelly, a suscité un grand engouement autour de cet événement qui ne devait passer ni insignifiant, ni inaperçu.

Faut-il le rappeler c’est même à cette fin qu’un compatriote se présentant comme un étudiant en Guinée a dans un cri de révolte interpellé David Kpelly, et tous les internautes togolais ayant une voix, journalistes, blogueurs, intellectuels, qui semblaient s’être détournés de l’agitation de la vie sociopolitique du Togo.

Avant le 18 avril 2013, date de promesse d’une enquête par le premier ministre, David Kpelly ne se voyait ni comme un leader d’opinion, ni comme un homme politique, ni comme un opposant au régime togolais. Il ne militait dans aucun parti politique du Togo, ni même une association politique. Chassé de son pays par le chômage et vivant dans des conditions difficiles au Mali, ce simple citoyen révolté qui écrit au besoin pour se soulager, crier ses frustrations et ses attentes a pris ses responsabilités. Il s’est fixé une barre de douze lettres comme les douze apôtres pour interpeller qui de droit afin de faire la lumière sur cet assassinat.

Devant la mort non élucidée de tous les martyrs togolais, Tavio Amorin assassiné depuis vingt ans, Atsoutsè Agbobli tué depuis cinq ans, ces hommes et femmes réduits au silence ces dernières décennies, l’auteur est conscient que la promesse d’une enquête sur le décès tragique du jeune Anselme n’est qu’un saupoudrage. Mais au gré des circonstances, devant la mort particulièrement, un revirement est possible. Ne dit-on pas qu’un mauvais frère en vie vaut mieux qu’un bon frère mort ? Ceci parce que le mauvais frère peut toujours se repentir et changer tant qu’il est en vie ?

Aussi, écrit-il, que pour sa mère, cet enfant est tout. « Il compte pour sa mère plus que vous ne comptez pour la vôtre. Ces femmes, ces ménagères livrées à leur dure réalité quotidienne ne placent leurs espoirs que dans leurs enfants. Elles voient en eux la réalisation de tous les rêves qu’elles n’ont pas pu réaliser elles-mêmes. Ce n’est donc pas un enfant que vous avez tué, c’est le rêve d’une femme, l’avenir d’une famille, que vous avez fracassé. Ce petit Anselme était tout pour sa mère. Elle y voyait tout son avenir, comment devenu grand, cet enfant fera vivre le paradis à la vieille femme qu’elle sera devenue. »

Dans un style particulier et comparable à celui de Tchak Sami, D Kpelly peint simplement, magnifiquement et sobrement les douze lettres de proverbes de chez nous qui attestent d’une sagesse profonde et de son attachement intense aux jus et coutumes de sa terre natale.

La coïncidence avec certains événements comme pour la plupart, nourries de chaudes actualités, notamment les élections législatives, le drame de Lampedusa, la suppression de la célébration de la date du 13 janvier, l’hospitalisation du premier ministre, n’était que de bonne guerre. C’est pourquoi il a martelé « Monsieur le premier ministre, la réconciliation, vous le savez très bien, elle n’a rien à voir avec le 13 janvier et son abolition. Elle commencera, la vraie réconciliation au Togo, par des enquêtes, de vraies, sur les martyrs, tous les martyrs du Togo. Prenez vos responsabilités vis-à-vis de vos victimes. Prenez vos responsabilités devant l’assassinat de ce pauvre petit innocent, Anselme Sinandaré. Ce n’est pas vous, Monsieur le premier ministre, qui l’avez tué, Anselme. Ah, ça non ! Vous ne savez peut-être même pas qui l’a tué. Mais vous avez promis de nous éclairer sur sa mort, parce que vous savez que vous en avez les moyens. Et nous vous attendons. »

David Kpelly considère l’affaire Anselme Sinandaré comme une TRAGEDIE. Une tragédie parce qu’il s’agit d’un enfant exécuté en plein jour dont l’assassin court toujours. Une tragédie parce qu’au-delà de la mère de cet enfant, c’est toute une famille qui a été endeuillée. C’est tout un village qui a été affligé. C’est toute une communauté qui a eu le cœur meurtri. C’est toute une nation qui a fait les frais de l’injustice.

Pour que dorme Anselme, Lettres ouvertes à  Arthème Ahoomey-Zunu, premier ministre togolais, sur la mort d’Anselme Sinandaré, David Kpelly, Editions Awoudy, 2015

Extrait : « …Monsieur le premier ministre, tragédie, absolument ! Tragédie d’un enfant exécuté en plein jour, à ciel ouvert, devant des centaines d’yeux, mais dont personne n’a le droit de connaître l’assassin. Tragédie d’une mère à qui on ramène un enfant mort, le sien, une mère qui voit son sang, ses eaux, ses larmes, ses soupirs… anéantis en un brin de temps, une mère qui hurle, saute sur un corps raide qu’on lui présente comme son enfant, qui demande en larmes qui a assassiné son trésor, et à qui on donne pour toute réponse des soupirs mats : « On ne sait pas. »… »


Le Togo entre campagne, vacance et émergence

Hashtag retenu par la communauté des blogueurs Togolais.
Hashtag retenu par la communauté des blogueurs Togolais.

Depuis le 10 avril 2015, les murs des maisons, les réseaux sociaux, les messages radio et télévisés sont devenus l’apanage d’une grande pièce de théâtre avec pour acteurs principaux nos chers amis de la classe politique togolaise. Je vais me limiter aux hommes du parti au pouvoir en me basant sur une généralité, car ce sont leurs attitudes que j’ai pu analyser et qui sont mises en avant dans ce billet.


Au diable le boulot, tous à la campagne

En ce moment, il y a un ralentissement ex abrupto1 dans le fonctionnement des administrations togolaises consécutif à l’absence des ministres, directeurs généraux, directeurs adjoints, la plupart de leurs collègues, et même les plantons. Bah, oui qui va se négliger ? L’élection a toujours été l’occasion pour les uns et les autres de prouver leur loyauté au candidat en course à la présidentielle et par ricochet avoir la garantie de garder son poste après l’élection. C’est une sorte de contrepartie pour avoir été gratifié à ce poste. Ah, oui, attention à ne pas mettre en colère le tout-puissant candidat qui peut vous faire passer de directeur général à chargé de protocole. Il peut aussi vous nommer directeur de cabinet d’un ministre. Tout dépend de votre zèle et de l’effort que vous avez déployé lors de son élection.

 

Les Togolais ont compris qu’à l’approche du scrutin, il est plus prudent de remplir certaines obligations qu’ils comptaient faire au cours de l’année. Qu’il s’agisse des procédures à l’état civil pour le mariage, l’établissement du passeport, la production de carte d’identité, les soutenances à l’université, les dépôts de dossier de recrutement, la signature de contrat, le retrait de marchandises au port où au fret à l’aéroport, les commandes. Un petit tour dans les artères de Lomé ou des villes environnantes vous confirme tout de suite qu’il y a une rude concurrence entre les proches du président sortant, candidat à sa propre succession. Ceci est encore plus visible dans les quartiers comme Agoè, Avédji, Adéwui où les affiches et tricots sont multiples. Certes, ces outils de campagne sont à l’image de M. Faure Gnassingbé. Certaines affiches montrent une de ses photos récentes, d’autres une ancienne datant de 2010, d’autres encore une image modifiée dans Photoshop. C’est donc une sorte de concurrence pour prouver au candidat d’Unir qu’untel se bat mieux qu’untel.


Pris aux mots et aux faits

La scène politique togolaise nous a habitués, nous citoyens togolais, à une campagne électorale empreinte de malveillance et de dénigrement des acteurs politiques. C’est inscrit dans nos gènes, dans nos habitudes, on le pense, on le dit, on le publie. La plupart du temps nos agissements sont subjectifs, conditionnés par notre accointance, soit avec la majorité, soit avec l’opposition. Le concept qui fait mouche en ce moment, c’est celui intitulé #miabéFaure qui signifie « notre Faure ». Chose qui n’a pas laissé indifférent les militants des autres candidats qui répliquent avec des gravures archaïques et anarchistes sur les murs : #miagbéFaure c’est-à-dire « refusons Faure » ou encore #miabléFaure qui veut dire « trompons Faure »

Crédit : senadjondo.mondoblog.org
Crédit : senadjondo.mondoblog.org

C’est sans compter le discours des uns et des autres candidats sur le terrain.

« On a passé quatre ans à marcher. On réclame quoi ? Notre victoire qu’on nous a volée. C’est à la mer qu’on va réclamer cette victoire ?  » Faure Gnassingbé

Ceci s’explique souvent par la menace que peuvent représenter ces derniers, l’émiettement des voix lors de l’élection, la concurrence sur des terrains considérés comme acquis, la publication des moyens de filouteries électorales, ou encore la révélation de resquilles politiques.

C’est ainsi qu’on peut entendre du côté du candidat du parti Unir, Faure Gnassingbé :

« j’ai pris le temps d’observer mes adversaires politiques qui ont tendance à décrédibiliser le processus alors qu’ils y sont. Je n’accepterai pas, le gouvernement n’acceptera plus cette sorte de récréation qui consiste à contester les résultats »

Ou du côté des candidats de l’opposition :

« Son père a fait 38 ans, il a fait 10 ans. Le tout fait approximativement 50 ans. Ça suffit comme ça ! » Ou encore « Il refuse de faire les réformes. Il refuse de payer les fonctionnaires et les médecins. Il ferme les écoles. Il enferme des innocents comme Pacal Bodjona. Il cautionne la minorité qui pille les richesses du pays. En un mot, « foutez-le dehors ! »

Mais, une forte rupture avec les anciennes habitudes et par ricochet une certaine maturité semble se dégager des agissements des militants et sympathisants des 5 candidats du 25 avril 2015. Pour l’heure, aucune violence n’est notée. Aucun affrontement n’a été constaté.


Ô le lait et le miel

Si vous aviez cru que la notion d’émergence qu’on nous servait depuis des mois était vraiment prévue pour l’horizon des années 2030, vous aviez eu tort. Ce n’est presque plus une campagne électorale, mais une véritable fête à laquelle se livrent les militants et sympathisants du candidat d’Unir. Une véritable démonstration de force avec des zémidjans de bleu vêtus circulant par centaines en klaxonnant. On peut voir aussi des caravanes avec fanfare et orchestre qui parcourent au quotidien les artères de la ville, de longs bus avec de grandes images du candidat Unir mis en avant. Des concerts sont organisés ici et là, des matchs de football pour sensibiliser les jeunes. Et comme si cela ne suffisait pas, on multiplie les réjouissances populaires devant les domiciles de certains membres influents du parti : distributions de gadgets comme des stylos Unir, cahiers Unir, savons Unir, sacs de riz Unir, pâtes Unir, huile Unir, bouteille d’eau minérale Unir, moto Unir, calendrier unir, sac unir. Tout est à l’effigie du président sortant. Tout, absolument tout. Si vous n’aimez point le bleu, la  couleur, ne vous aventurez pas dans les rues de Lomé. Vous aurez le vertige à coup sûr.

Crédit : senadjondo.mondoblog.org
Crédit : senadjondo.mondoblog.org

Il y a beaucoup d’actes qui semblent compter pions sur rue. Enfin, c’est l’impression que ça donne aux proches du candidat d’Unir. Des tickets de bons d’essence offerts à tout automobiliste ou motard qui voudrait bien battre campagne en ce moment. Entendez par-là, le fait que le président de la délégation spéciale de la commune de Lomé, Aboka, ait décidé après presque un an, de nous ôter cette ribambelle d’escaliers que nous avons dans le quartier Adidogomé-amadahomé. Il a fait venir des bulldozers, camions et tracteurs pour draguer les voies de terre battue qui rallient la route nationale. Ô quel plaisir, quelle liberté de conduire, quelle satisfaction.

Crédit : senadjondo.mondoblog.org
Crédit : senadjondo.mondoblog.org

Au regard de toute cette agitation, il me vient surtout à l’esprit de me demander pourquoi le chef de l’Etat sortant, candidat d’Unir, candidat à sa propre succession fait tout ce tintamarre ? Pourquoi se donner en spectacle pour une élection qui lui semble déjà acquise ? Pourquoi dilapider autant d’argent alors que les fonctionnaires et les médecins ne sont pas toujours rémunérés ? De quoi a-t-il peur pour faire tout ce remplissage visuel comme si personne ne le connaissait ? Comme s’il était dans la course pour un premier mandat ?

Autant de question qui me laisse encore plus indifférent plus que je ne le suis déjà. Indifférence consécutive à l’absence de crédibilité du fichier électoral, le non-respect des accords politiques, la non-prise en compte des recommandations de la CVJR, le non-respect de la douleur des parents et des victimes de 2005, le non-respect de la mémoire d’Anselme et de Douti ces jeunes élèves abattus de sang-froid au nord du pays.

Souffrez que je vous dise combien je suis dégoûté par ce spectacle obséquieux aux allures incompréhensibles. Pour ce qui est de ces jeunes qui profitent allègrement du lait et du miel qui coulent n’est-ce pas que « abusus non tollit usum »2 ? Du reste, « dominus vobiscum »3.

Bien à vous !

 

Annexes :

1 – Ex abrupto : brusquement. (Formule latine)

2 – Abusus non tollit usum : l’abus n’empêche pas l’usage. (Formule latine)

3 – Dominus vobiscum : le seigneur soit avec vous. (Formule latine)


Plus qu’une brune

Crédit : ornishspectrum.com
Crédit : ornishspectrum.com

Fleur d’été, clair de lune,
Belle fée, sublime frangine,
De ton nom je suis tombé chaos,
De ton charme je ne vois que du beau.

Tu es une, tu es elle,
Plus qu’une brune, tu es prunelle,
Celle de mes yeux, celle de mon cœur,
Celle de ma paix et de mon bonheur.

Maella, vois-tu, je suis là,
Là pour toi qui me lis, toi qui m’entends,
Comme Joe Dassin, je chanterai ton éclat,
Et s’il faut un dessin, j’y mettrai tout mon talent.

Sur cette toile, je peindrai un voile,
Sur ce voile, on se tiendra la main,
Pour que jamais notre force ne se dévoile,
Car en cette heure, nous ne serions plus qu’un.